Entête

RIEN N’A JAMAIS EMPÊCHÉ L’HISTOIRE DE BIFURQUER

 

Théâtre 14
20 avenue Marc Sangnier
75014 Paris

Jusqu’au 21 février 2026
Mardi, mercredi, vendredi 20h, jeudi 19h, samedi 16h

 

loupe

Photo © Mila Pawlowska

 

Adapter ce texte écrit par Virginie Despentes, juste avant le basculement du monde dans l’ère du confinement et de la maladie interplanétaire, est un pari audacieux. Sur le plateau du Théâtre 14, Anne Qonti en porte le souffle avec une belle technicité, mais l’uppercut n’advient pas. Elle ne joue pas Despentes : elle la traverse, laisse circuler une parole mêlant poésie brute, colère lucide et militantisme assumé. On suit le fil d’une conscience en mouvement, qui bifurque, digresse, s’enflamme – la nature même de l’essai, que le spectacle revendique.

La dramaturgie tente de canaliser cette pensée éclatée, de lui offrir un chemin mais l’on cherche cette colonne vertébrale qui rassemblerait toutes ces fulgurances. La conclusion, elle, rassemble : rien n’est gagné d’avance mais tout reste possible. L’action positive se propage ; la culpabilité occidentale paralyse. Une lueur d’espoir réelle persiste.

La scénographie insiste sur la déconstruction avant la reconstruction. L’idée fonctionne, puis s’alourdit : aux structures qui se montent et se démontent s’ajoutent des projections — nature, humanité – qui surlignent un propos déjà fragmenté. Le fil directeur est fragilisé, comme si l’image ouvrait d’autres portes alors que la pensée cherche encore son axe. La comédienne, elle, semble parfois contrariée par ce décor en perpétuel mouvement : monter, descendre, se faufiler entre les éléments crée des hésitations qui nous mettent à distance. La rage contenue dans le texte peine à s’incarner pleinement.

À l’inverse, la musique live trouve immédiatement sa justesse. Elle accompagne le texte sans l’écraser, lui donne une fibre punk ténue mais essentielle. La fusion entre la comédienne et les musiciens crée un espace organique, là où tout s’aligne enfin.

On ressort de Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer sans avoir été chahuté. La parole est intéressante, vivante, mais la sidération ne vient pas, la colère douce ne se propage pas.

Alexandra Diaz

 

Rien n’a jamais empêché l’histoire de bifurquer

Texte virginie Despentes
Mise en scène Anne Conti avec la complicité de Phia Ménard

Avec Rémy Chatton, Anne Conti et Vincent Le Noan

Assistance mise en scène Isabelle Richard
Création peinture et vidéo Cléo Sarrazin
Création et régie son Phédric Potier
Création lumière Laurent Fallot
Régie lumière-vidéo Caroline Carliez
Conseillère dramaturgique Géraldine Serboudin
Création costumes Léa Drouault
Constructions Paul Étienne Voreux
Patines décor Frédérique Bertrand