LES NUITS BLANCHES
Le Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs
75006 Paris
Jusqu’au 5 avril 2026
Du mercredi au samedi à 21h, les dimanches à 17h30. Relâche exceptionnelle le 6 février.
Ô la belle nuit de Saint-Pétersbourg qui resplendit sur l’insondable indifférence de ses habitants ! Voilà ce que ressent le personnage-narrateur qui y vit depuis huit ans sans avoir réussi à y tresser une relation amicale ou conviviale ! On se croirait dans nos villes, de nos jours, comme si Dostoïevski, auteur de la nouvelle adaptée pour ce spectacle, vivait encore. Ainsi va ce personnage sans nom qui rencontre ce soir-là une jeune et jolie femme pensivement penchée par-dessus le parapet d’un pont sur la Neva comme si elle s’y voyait plonger et s’y noyer. Ce personnage d’une timidité presque maladive va soudain être emporté dans une relation inattendue, unique et rare.
La jeune femme, Nastenka, que Laura Chetrit interprète avec une belle palette de talents et d’émotions, est triste. Elle est en mal d’amour pour un homme qui, un an plus tôt, lui promit le mariage et lui fixa rendez-vous sur ce pont, à 10h, dès son retour dans la ville. Revenu depuis trois jours à Saint-Pétersbourg, l’homme n’est toujours pas venu au rendez-vous. Le chagrin de Nastenka pour cet amour trahi va être le fil conducteur de la série de rencontres, soir après soir, avec cet inconnu. Malgré une candeur pas tout à fait candide, Nastenka ne lui promet qu’une amitié sincère, rien de plus, rien de plus qu’un sentiment fraternel capable de relier ces deux solitudes au milieu de l’indifférence qui les entoure.
Le texte de Dostoïevski explore ainsi l’évolution de cette relation. Il met à jour à petites touches la psychologie des personnages face à l’évolution de leurs propres pensées et sentiments. Cette promesse d’amitié entre cet inconnu et Nastenka se transforme vite en sentiment amoureux non partagé et les égarements qu’une telle frustration provoque. Les belles nuits de Saint-Pétersbourg se teintent alors de brumes et de brouillard qui endeuillent durement le bonheur de la contemplation. Ainsi happé par ses désirs, le personnage-narrateur voit sa tranquille quiétude solitaire détruite à tout jamais pour les affres de l’amour.
Accompagnés par Olivier Mazal au piano sur des compositions de Sergueï Rachmaninov, qui insufflent une dimension musicale au spectacle, Ronan Rivière et Laura Chetrit incarnent les deux personnages comme deux solistes jouant leurs partitions croisées, deux solitudes qui se croisent, s’écoutent, s’entendent et ne se comprennent pas toujours, mais réalisent ainsi une rencontre brûlante mais légère, profonde mais passagère, et sans doute inoubliable pour les deux.
Ces deux belles interprétations donnent corps à l’imaginaire complexe de Dostoïevski. L’adaptation de Ronan Rivière s’attache à rendre aux personnages un aspect contemporain pour que le rêve de cette rencontre de hasard touche avec douceur le public actuel.
Bruno Fougniès
Les Nuits blanches
D’après Fiodor Dostoïevski
Adaptation Ronan Rivière d’après la traduction de d’Ely Halpérine-Kaminsky
Mise en scène Ronan Rivière
Avec : Ronan Rivière, Laura Chetrit et au piano, Olivier Mazal
Musique au piano sur scène de Sergueï Rachmaninov
Scénographie Antoine Milian
Costumes Corinne Rossi
Lumières Sébastien Husson
Production Voix des Plumes.
Mis en ligne le 4 février 2026
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