L’ENTREMONDES
Théâtre de la Reine Blanche
Passage Ruelle
75018 Paris
Jusqu’au 7 mars
Mardi et jeudi 21h, samedi 20h
L’Entremondes, ou le Lac de l’Oubli, se jouera au Festival d’Avignon OFF, du 4 au 25 juillet à la Factory, à 10h.
Photo : © Nicolas Blandin
Sous-titré Le Lac de l’Oubli, L’Entremondes met en scène une famille – la mère et ses deux fils adultes – réunie dans l’étude du notaire au moment de la finalisation de l’héritage du père, décédé depuis peu. Un héritage qui consiste en une entreprise que les deux fils sont censés conserver, l’aîné étant bien décidé à en reprendre la direction. Mais l’héritage d’un père démissionnaire et absent depuis des lustres ne se résume pas à du concret, du numéraire et des paraphes en bas de page. Comme on dit en langage courant, il y a des cadavres dans le placard.
Un drôle de notaire que celui-ci qui, loin de se borner à son rôle d’officier public de l’État, laisse les deux enfants légataires et leur mère plonger de tout cœur dans leur passé afin d’en expurger les rancunes, les manques affectifs et les souvenirs douloureux de l’enfance. Le cabinet, au nom prophétique d’Entremondes, devient alors le lieu d’où surgissent les blessures jamais avouées, pour que le monde nouveau – un monde qui ferme définitivement la porte sur l’enfance – puisse advenir.
C’est principalement autour du traumatisme du départ du père, alors qu’ils étaient encore enfants, que vont tourner les affrontements et les réconciliations entre la mère et ses deux fils. Deux fils qui, à l’époque, étaient tout juste en âge de se passionner pour les jeux mettant en scène les combats anciens de chevaliers du Moyen Âge et les plus modernes, ceux des mangas animés des années 90 comme Dragon Ball Z. Enfermés dans ce bureau, les deux jeunes hommes vont revivre leurs joutes passées et leur rivalité pour enfin démêler les souffrances que ce père absent et démissionnaire a laissées en eux.
Le texte de Charles Van de Vyver, également metteur en scène et interprète, alterne les scènes du passé (où le notaire réapparaît sous les traits du père) et celles du présent avec vivacité, sans avoir besoin de changement de décor. Une table, quelques chaises et quelques effets lumineux suffisent à recréer les différents univers : la maison de l’enfance, le trône des parents – roi et reine – le bureau… Le rythme est vif, enlevé, vivant, surtout dans les scènes chevaleresques ou de combats inspirés des mangas, où les deux comédiens, Eugène Marcuse et Félix Martinez, virevoltent ensemble comme s’ils étaient effectivement retombés en enfance. Des scènes amusantes, mais qui tirent par moments en longueur et en répétition.
Le rythme repose entièrement sur les quatre interprètes, qui font preuve d’une belle intensité de jeu aussi bien dans les scènes enfantines que dans les scènes plus réalistes reconstituant la vie familiale d’avant le départ du père. Ce père typiquement machiste et dominateur (à l’ancienne, faut-il l’espérer) apparaît comme une caricature réussie de cette génération d’hommes autoritaires et détestables, capables d’abandonner femme et enfants pour une femme plus jeune, sans remords.
Sans jamais tomber dans le sentimentalisme, L’Entremondes choisit plutôt le rire que les pleurs pour raconter ce cérémonial d’adieu, qui ressemble à un long deuil accéléré pour les deux fils, mais aussi pour cette mère, femme trahie, qui a réussi à porter seule ses deux enfants jusqu’à l’âge adulte. Comme quoi…
Bruno Fougniès
L’Entremondes
Texte, mise en scène, scénographie de Charles Van de Vyver
avec Camille Lockhart, Eugène Marcuse, Félix Martinez et Charles Van De Vyver
Conseil en dramaturgie Marie Thiebault
Création lumières Noméie Rade
Costumes Zoé Lenglare
Mis en ligne le 1er mars 2026
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