Entête

SI C’EST UN HOMME

 

Théâtre Essaïon
6 Rue Pierre au Lard,
75004 Paris

Jusqu’au 01 avril 2026
Mardi et mercredi à 19h00

 

loupe 

 

Le 27 janvier 1945, Primo Levi est libéré du camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz après avoir survécu presque une année au travail forcé. À son retour en Italie, il écrit Si c’est un homme. Dans un premier temps, le livre ne trouve pas d’éditeur. Aujourd’hui, ce texte fait partie des témoignages de la Shoah les plus forts, les plus essentiels pour lutter contre l’oubli.

Gilbert Ponté porte sur scène ce texte qui décrit implacablement le système meurtrier des camps nazis, mais aussi la manière dont cette violence tente de retirer à l’homme tout ce qui fait son humanité. C’est un exercice difficile que de rendre compte de cette descente aux enfers. Gilbert Ponté choisit avec justesse de donner les mots de Primo Levi dans une simplicité nue. Presque pas d’artifices, à part quelques effets de lumière qui retranscrivent les différents lieux de cette longue déportation.

Pour Primo Levi, cela commence par son arrestation alors qu’il n’est encore qu’un jeune homme de 24 ans. Arrêté par les fascistes après une dénonciation, il est interné dans un camp à Fossoli, près de Modène, avant d’être envoyé dans un wagon à bestiaux, destination inconnue. Ce sera la Pologne, après cinq jours de voyage, avant que le système nazi ne s’abatte sur lui et ses compagnons. Sa formation de chimiste et sa jeunesse lui permettront d’échapper à la mort et l’enverront au Lager, camp de travail d’où il partira chaque jour pour une usine de guerre, démuni de tout : de ses affaires, de ses souvenirs, de son nom.

Le texte est bouleversant. Gilbert Ponté, grâce à un style d’interprétation qui privilégie le récit à l’incarnation, parvient à faire naître les images de cette autobiographie précise, pudique mais réaliste. Les projections de quelques œuvres du peintre Anselm Kiefer sur les murs en pierre de la salle voûtée de l’Essaïon renforcent encore cette imprégnation, de même que la description précise du Lager, où s’expose la terrible rigueur de l’organisation nazie de ces camps de travail. Un camp qui jouxte celui d’extermination.

Imaginer ces hommes, ces femmes, séparés de leurs proches, soumis à la menace perpétuelle de la mort, maltraités, mal nourris, épuisés par le froid et le travail forcé, auxquels on a arraché systématiquement toute identité, toute liberté, toute parole, jusqu’à vouloir leur ôter toute pensée, est une chose quasiment impossible tant cet enfer est inimaginable.

Mais cet enfer a existé. N’oublions pas.

Bruno Fougniès

 

D’après Si c’est un homme

de Primo Levi

Avec Gilbert Ponté

Création lumière Antoine Le Gallo