LA BANDE ORIGINALE DE NOS VIES
Théâtre de la Concorde
1-3 Avenue Gabriel
75008 Paris
Jusqu’au 25 avril,
Du mercredi au samedi à
19h ou 20h
Une mémoire musicale brillante qui éclaire le destin de cinq femmes lumineuses…
Voilà un spectacle magnifique et très original qui raconte plusieurs générations de femmes dont la vie se structure grâce aux musiques et aux chansons, comme dans un film qui tisserait leurs histoires et leur construction intime, interrogeant le rapport au temps, aux idéologies dominantes ou personnelles. Une vision particulièrement attachante des visages ardents de la France d’aujourd’hui.
Mené tambour battant par cinq comédiennes époustouflantes de dynamisme, virevoltant avec pétulance et grâce, chantant avec des voix maîtrisées et ferventes, aux interprétations d’une intensité vibrante, ce spectacle est un vrai moment de grâce théâtral.
Alternant dialogues et répliques complices, elles nous offrent aussi des prestations en solo où chacune raconte son parcours. Et là : quel bonheur ! Un véritable feu d’artifice.
Nacima, la plus jeune, une vraie bombe, ouvre la représentation de façon désopilante en jouant son enfance de « beurette », avec la découverte, à 6 ans et à 5 h du matin, des clips vidéo à la télé : Daft Punk, les Rita Mitsouko, Akhenaton, NTM, Star Wars… Entre Radio Orient de maman et les musiques de papa — les westerns des années 70, Monk ou Satie… Puis arrive Eugénie avec une caricature d’interview de Barbara, ineffable, à mourir de rire, répondant aux questions de quatre journalistes par des mots suspendus, des silences profonds, des onomatopées, pour accoucher enfin d’un mystérieux, ardent et répétitif « Cui-cui » ! La messe est dite…
Ensuite, la délicieuse Colombine, musicienne délicate et enchanteresse, nous conte l’histoire de sa passion pour le piano, sa découverte du compositeur César Franck, une révélation qui deviendra un lien précieux avec sa mère et sa grand-mère alors qu’elle vit à Montréal… Nathalie enchaîne avec le charme discret et touchant d’un récit nostalgique : comment perdre sa voix de chanteuse lyrique à la suite de plusieurs « chocs » — coup de foudre ravageur, grossesse, abandon, avortement, brisure, renaissance… Mais plus jamais de chant ! Et toutes, en chœur, pour la consoler, nous régalent avec les grands classiques : Désormais, Sans toi, Amoureuse, La Chanson des vieux amants, Les Parapluies de Cherbourg…
C’est alors que Nanténé entre en scène : une femme noire flamboyante, de la dynamite, avec la rage de la révolte contre les injustices et les inégalités. Elle chante avec passion Aretha Franklin et « joue » Nina Simone devant ses filles pour leur prouver combien leurs chansons sont un magnifique vecteur d’identité et de revendication.
Quant au final, Nathalie, métamorphosée, revêtue d’un blanc scintillant, trait d’union entre « la bande originale de sa vie » et l’au-delà, déclare que la musique est l’ultime symphonie de l’existence, qu’elle relie les différentes temporalités et les transcende. Ne serait-elle pas la clé du royaume quantique, accompagnant la vie jusqu’à la mort, s’inscrivant ainsi dans le corps, la mémoire génétique et l’infra-cellulaire ? À défaut d’être prophétique, quelle belle métaphore poétique de la Musique !
Pour accompagner ces cinq sublimes artistes, saluons avec reconnaissance et admiration Eugénie Ravon et Kevin Keiss, les deux auteurs (et metteurs en scène) de textes absolument remarquables, à l’écriture aussi riche que variée, alternant phases comiques, burlesques, romantiques, puissantes, bouleversantes et particulièrement denses.
Un spectacle à ne pas manquer, toutes générations confondues !
Anne Revanne
Dès les premières minutes, Nacima Bekhtaoui ouvre le spectacle avec une énergie qui emporte le spectateur. La musique agit ici comme un passage immédiat vers un récit qui mêle souvenirs personnels et collectifs. Les hits des années 2000 affleurent, entremêlés à des souvenirs familiaux, et construisent un paysage sonore qui devient peu à peu un terrain émotionnel partagé. Le spectacle est ponctué par les monologues de cinq femmes, issues de générations différentes, qui expriment chacune leur rapport à la musique. On passe de l’intime à des références connues, de souvenirs presque murmurés à des moments d’expiation musicale.
La scénographie accompagne les glissements dramaturgiques, du monologue à des séquences connues ou imaginées, comme un entretien de la chanteuse Barbara, les adieux de Catherine Deneuve à son amant dans Les Parapluies de Cherbourg, ou encore Oum Kalthoum lors de sa venue à l’Olympia à Paris.
Cet entremêlement est un pari risqué qui fragilise parfois la compréhension de ce qui se joue. Il faut se laisser porter. Ce sont bien ces histoires personnelles, livrées sans fard, qui deviennent les véritables véhicules d’une émotion forte. On peut toutefois regretter que le spectacle s’étire un peu en longueur. Une forme plus ramassée aurait sans doute permis de maintenir le spectateur de bout en bout, sans diluer l’intensité. Les propositions scéniques sont très différentes et ne séduisent pas toujours au même degré, créant une énergie inégale.
Reste le bénéfice principal de cette proposition : chacun peut y retrouver sa madeleine de Proust. La Bande originale de nos vies navigue entre singularité et universalité. C’est dans cet équilibre fragile que le spectacle trouve sa justesse, malgré ses prises de risque.
Alexandra Diaz
La Bande originale de nos vies
Mise en scène Eugénie Ravon
Texte Kevin Keiss (avec la connivence de l’équipe artistique au plateau)
Collaboration à la mise en scène Kevin Keiss
Avec Nacima Bekhtaoui, Nathalie Bigorre, Colombine Jacquemont, Eugénie Ravon, Nanténé Traoré
Scénographie Emmanuel Clolus
Création lumière Pascal Noël
Création costumes Elisabeth Cerqueira
Création sonore et musiques Colombine Jacquemont
Régie générale et lumière Paul Robin en alternance avec Fabrice Ollivier
Régie son Nicolas Testa
Stagiaire mise en scène Anouk Ben-Kemoun
Stagiaire dramaturgie Dounia Brousse
Presse Catherine Guizard & Francesca Magni
Diffusion Sébastien Juilliard & Alexandrine Peyrat
Mis en ligne le 10 avril 2026
DERNIERS ARTICLES