Entête

EN ATTENDANT GODOT

 

Théâtre de l'Atelier,
1 place Charles Dullin,
75018 Paris
01 46 06 49 24

Jusqu’au 9 mai 2026.
Du mardi au samedi 21h, le dimanche 15h.

 

loupe

 

 

Beaucoup a été écrit, et il y aurait encore beaucoup à dire sur cette pièce de Beckett, l’une des premières du théâtre dit « de l’absurde ». On peut en faire une lecture psychanalytique, métaphysique… voire philosophique.

Anouilh n’a-t-il pas dit à son sujet : « Ce sont les pensées de Pascal jouées par les clowns Fratellini » ?

Godot est-il Dieu ?

Les deux « héros » seraient-ils deux pôles de l’être humain, le ça et le surmoi, aspirant à un moi idéal, en quête de transcendance ?

Toujours est-il que la pièce fascine. Elle fascine par son décor nu, où ne pointe qu’un arbre, par Vladimir et Estragon, ces deux pantins dépenaillés qui attendent. Qui meublent le temps, en attendant un mystérieux Godot. Ils sont dépendants l’un de l’autre, ne serait-ce que vis-à-vis de nous, spectateurs.

— Il faut que tu me donnes la réplique, dit l’un.
On entend :
— Ça devient insignifiant (ce qu’ils disent).
— Pas encore assez, répond l’autre.

Et encore :
— La soirée est sauvée !

Lorsque surgissent deux étranges personnages, Lucky et Pozzo, un esclave et son maître. Cette longue parenthèse clôt, ou presque, le premier acte.

Au second acte, l’arbre a pris quelques feuilles, mais la situation reste la même. Ils attendent. À coups de petites piques, de digressions, de détails infimes (manger une carotte ou un navet, enlever puis remettre une chaussure, aller se soulager en coulisse, perdre son pantalon), la vie, leur vie, continue. On reverra Lucky et Pozzo, le second bien diminué.

Un enfant, entre-temps, viendra annoncer que M. Godot ne viendra pas ce soir… mais sûrement demain. Vladimir tente de le faire parler. En vain.

Tout peut donc recommencer.

On mesure à quel point les spectateurs de 1952 ont pu mal recevoir ce brûlot qui mettait sens dessus dessous les personnages, l’intrigue, le texte, tout ce qui constituait jusqu’alors la nature même du théâtre.

Depuis, c’est devenu un classique, que revisite ici Jacques Osinski.

Denis Lavant et Jacques Bonnafé – l’un enfantin et capricieux, l’autre plus mûr et raisonnable – sont les pivots de ce spectacle. Chacun déroule sa partition avec brio, avec une mention spéciale pour Denis Lavant, qui transcende son rôle : souplesse physique, gags, tristesse sans pathos. Jacques Bonnafé est un excellent clown blanc. Aurélien Recoing apporte la cruauté et la rondeur que réclame le rôle de Pozzo. Peter Bonke livre une prestation sans faute.

Le spectacle fonctionne admirablement, et c’est justice : on reste accroché pendant plus de deux heures, et les mots de Beckett vous poursuivent encore, une fois de retour sur la place Charles-Dullin.

Gérard Noël

 

En attendant Godot

Texte : Samuel Beckett (Editions de Minuit)
Mise en scène : Jacques Osinski

Avec : Jacques Bonnafé, Denis Lavant, Aurélien Recoing, Peter Bonke
et à l'écran : Léon Spoljaric Poudade

Création lumières : Catherine Verheyde
Scénographie : Yann Chapotel
Costumes : Sylvette Dequest
Production : Aurore Boréale