Entête

ROBERTO ZUCCO

 

Théâtre 14
20 rue Marc Sangnier
75014 Paris

Jusqu’au 18 avril 2026.
Mardi, mercredi et vendredi à 20h.
Jeudi à 19h, samedi à 16h.

 

loupe

 

 

De l’histoire réelle de Roberto Succo, assassin récidiviste, Bernard‑Marie Koltès a tiré Roberto Zucco, sorte de chemin de croix en une quinzaine de stations qui finit très mal. La pièce date de 1985 ; c’est d’ailleurs la dernière de Koltès.

Ici, on peut juger, et cela arrive, que la mise en scène est meilleure que la pièce. Explication : le texte de Koltès, nous le regrettons, a vieilli. Il n’y a plus, autour de ce fait divers monté en épingle, la même odeur de soufre et de scandale. L’écriture koltésienne, qui se voulait tranchante et poétique à la fois, mais surtout concrète, tourne un peu à vide : l’enjeu est problématique, les scènes s’enchaînent sans surprise. Koltès tente une poésie shakespearienne au rabais ; comparaisons et métaphores abondent sans vraiment toucher.

Et c’est là qu’intervient la mise en scène, fort bien pensée et réalisée, de Rose Noël, qui a su dynamiser l’ensemble et donner le coup de fouet nécessaire. Elle installe des musiciens, excellents, sur le plateau, fait usage de fumigènes, trouve les bons interprètes (notamment Axel Granberger) et ne s’interdit rien dans cette approche plus cinématographique que théâtrale.

On suit donc cette fuite en avant semée de meurtres, cette course éperdue vers la mort de Zucco. Il revoit sa mère, et l’entrevue se termine par un étrange ballet, entre danse et étreinte mortelle.

La rencontre avec la jeune fille, la gamine (Suzanne Dauthieux, très juste), est surprenante et efficace. Zucco l’accompagne chez elle, où veillent la grande sœur et surtout le grand frère, et un rapprochement a lieu : jolie idée d’ombres chinoises utilisant la nappe posée sur la table. La suite s’emballe. Zucco n’a plus le temps. Il s’enfuit, retient une femme élégante en otage, veut prendre un train…

Ne dévoilons pas la fin de la pièce ; regrettons simplement que Rose Noël l’ait modifiée au profit d’une séquence plus apaisée et conforme à la réalité. La version de Koltès, retenue dans d’autres mises en scène, était plus désespérée, mais plus forte.

Axel Granberger, enfantin et buté, mélange de rouerie et d’agilité, trouve un rôle à sa mesure. Rose Noël incarne la grande sœur en alternance. Laurence Côte donne à la mère une figure de Piéta. Bonne prestation également de Maxime Gleizes en grand frère.

Nous n’oublierons pas, au chant et à la musique, Natalia Bacalov et Martin Sevrin.

Au final, une œuvre sombre, marquée par la tragédie. L’occasion de redécouvrir Koltès, mais surtout un travail de mise en scène et d’interprétation particulièrement abouti.

Gérard Noël

 

Roberto Zucco

Texte : Bernard-Marie Koltès
Mise en scène : Rose Noël

Avec : Natalia Bacalov, Lola Blanchard, Simon Cohen ou Vincent Odetto, Laurence Côte, Maxime Gleizes ou Thomas Rio ou Pierre-Loup Mériaux, Axel Granberger, Akrem Hamdi ou Julien Gallix, Rose Noël ou Milena Sansonetti, Martin Sevrin et Suzanne Dauthieux

Collaboration artistique : Simon Cohen
Création musicale : biVio – Natalia Bacalov et Martin Sevrin
Lumières : Enzo Cescatti
Scénographie : Mathilde Juillard
Son : Matéo Esnault et Tom Beauseigneur
Costumes : Cloé Robin
Surtitrage vidéo : Katell Paugam