DANS LE COULOIR
Théâtre Hébertot
78 bis Bd des Batignolles
75017 Paris
Jusqu’au 19 avril
Du mercredi au samedi à 19h.
Le dimanche à 17h30
Le nouvelle pièce de J.C Grumberg nous confronte, d'entrée de jeu, à deux vieux, deux très vieux, même. Ils ressassent leur passé, vivent un présent fait de petites choses insignifiantes, avec des échanges rendus plus difficiles par l'ouïe de l'une et le côté strict, psychorigide, même, de l'autre.
Ainsi, ils sont assis ou debout, entrent ou sortent, regardent vers une porte située au fond. Ils sont dans leur couloir. Pourquoi ? Simplement parce que leur fils de quarante-cinq ans est revenu chez eux, qu'il se cloître dans sa chambre et qu'ils ne savent vraiment pas ce qu'il veut. Est-il sorti, rentré ? On lui parle à travers la porte sans savoir s'il entend.
Alors, ça ergote, ça se dispute, les deux reviennent sur leur triste relation avec des petits-enfants qu'ils ne voient pas et de rares anniversaires gâchés.
Le fils, toujours invisible et espéré (c'est un moderne Godot !) prétend, en termes vagues, savoir où il va. Ça ne rassure pas ses vieux parents pour autant. Ni les spectateurs.
Dans un décor très réussi, c'est une pièce étrange.
Elle est faite de petits riens "parlants", elle interpelle. Grumberg fait parler ses personnages en son nom (ce qui est bien le moins) et vise juste, mine de rien. Les comédiens sont au diapason : Christine Murillo a un coeur de mère gros comme ça. Elle donne une réplique juste à son conjoint, chipote quand il faut, tente des échappées optimistes qui retombent assez vite. À Jean-Pierre Darroussin le rôle du rabat-joie, le père revenu de beaucoup d'illusions, notamment familiales : face à son fils, qu'il croise dans la rue, il se contente d'un « Ça va ? » qui obtient la même réponse.
En fait, il n'ose pas lui parler.
La suite de l'histoire, nous ne la dévoilerons évidemment pas, mais elle est prenante et laisse les deux personnages dans un état proche de la sidération. Au père alors, (magnifique Darrousssin !) un long monologue oscillant, comme toute la pièce, entre le tragique et le bouffon, les larmes et le côté pince-sans-rire : la vie, quoi.
On ne saurait trop recommander ce spectacle, un oeuvre sans apprêts, ni concessions et d'autant plus marquante.
Gérard Noël
Dans le couloir
Texte : Jean-Claude Grumberg
Mise en scène : Charles Tordjman
Assistante à la mise en scène : Pauline Masson
Scénographie : Vincent Tordjman
Lumières Christian Pinaud
Musique : Vienet
Avec : Jean-Pierre Darroussin, Christine Murillo
Mis en ligne le 4 février 2026
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