LE MURMURE DU TAFFETAS
Théâtre de l'Optimist
Avignon
Le 6 décembre 2025 à 20h
Le 7 décembre à 16h30
et à suivre pour les nouvelles dates
Le Murmure du taffetas, monologue d’une robe
C’est en 2013 que Diane Saurat franchit pour la première fois le seuil de la villa Les Rhumbs, à Granville, demeure familiale des Dior. Le lieu, chargé de mémoire, et surtout la figure de Christian Dior, l’émeuvent profondément. Dès lors, Diane Saurat se plonge dans les lectures et les recherches, animée par une curiosité bientôt devenue insatiable. En 2015, elle consacre une conférence au couturier, avec la volonté sincère de révéler l’homme derrière la légende : un être discret, d’une sensibilité extrême.
Dans Le Murmure du taffetas, Diane Saurat signe une pièce d’une grande délicatesse, à la lisière du théâtre, de la performance et du geste artisanal. Rien de démonstratif ici. Tout se joue dans l’attention portée aux détails, comme lorsqu’on tire un fil avec précaution pour ne pas altérer la trame. Le spectacle donne à voir la naissance d’une robe de haute couture et, à travers elle, fait émerger la figure de Christian Dior, trop souvent dissoute dans la légende de sa maison.
Tout commence dans un lieu très intime. Avant la robe, il y a le tissu. Le toucher de la matière, son poids, son frôlement presque imperceptible, ce bruissement feutré du taffetas. La création n’est jamais abordée comme un geste spectaculaire, mais comme un processus lent, fait d’hésitations, de repentirs, de décisions minuscules. Le croquis n’est qu’un point de départ : il se transforme, se contredit parfois, jusqu’à ce que la matière prenne le relais. Peu à peu, le murmure s’éteint. La robe advient.
Sur scène, Diane Saurat incarne ce passage avec une grande justesse. Son jeu, tout en retenue, évite l’exagération et privilégie la suggestion. Chaque geste semble pesé, chaque inflexion de voix attentive, comme si le récit se cousait sous nos yeux, point après point. Il se dégage de sa présence quelque chose de profondément sensible, presque pudique, qui rend hommage à la timidité et à la finesse d’âme du couturier qu’elle convoque, sans jamais chercher à l’imiter.
L’alliance entre le texte, l’interprétation, le chant et la musique est parfaite. Diane Saurat et Cianciolo nous hypnotisent. On ressort touché, avec le sentiment d’avoir approché non seulement Christian Dior, mais aussi la beauté fragile de l’âme humaine.
On peut toutefois émettre une légère réserve quant à la mise en scène, dont l’extrême épure finit parfois par frôler l’immobilité. À force de retenue, certaines séquences semblent s’étirer, au risque d’un léger affaissement du rythme. Ce choix, sans doute assumé, participe à la cohérence esthétique de l’ensemble, mais peut aussi tenir le spectateur à distance, là où l’on aimerait parfois que le spectacle prenne davantage de risques, qu’il laisse affleurer une tension plus marquée. Cette retenue n’entame pas la finesse du propos, mais en limite peut-être l’élan.
Malgré tout, une pièce tout en sensibilité et en poésie, qui fait du bien à l’âme.
Fanny Inesta
Le Murmure du taffetas
De et avec Diane Saura
Musique de Cianciolo
Mis en ligne le 1er janvier 2026
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