LES BEAUX
Théâtre La Flèche
77 rue de Charonne
75011 Paris
01 40 09 70 40
Jusqu’au 12 Mars
Les jeudis à 19h
Léonore Confino est connue pour ses pièces à succès comme Ring, Building ou Le Poisson Rouge. Les Beaux fait partie de ses pièces qui font ressortir l’acide et le dérisoire de la société actuelle. Ici, c’est la couple qui est l’objet de son analyse. Le couple dans tous ses travers : mensonges, hypocrisies, reproches refoulés.
C’est un couple d’Américains, ou alors d’Européens totalement vampirisés par la culture américaine, celle que les majors déversent chaque jour sur nos écrans : lui travaille chez Publicis, elle reste à la maison pour s’occuper de cette maison, d’elle-même et de leur fille unique. Un couple de cadres ordinaires, mariés sur un coup de tête il y a une dizaine d’années, un couple en plein essoufflement, notamment à cause du fait que, depuis plus d’un an, de leur enfant de sept ans refuse de d’exprimer sinon par des cris, des crises d’absences et des insomnies qui rongent toute la quiétude familiale.
Mais y a-t-il jamais eu quiétude dans ce couple qui va, le temps du spectacle, le temps d’une soirée, faire ressortir les vieilles rancunes, les non-dits, les responsabilités faillies ? Tout se déroule dans un leur salon aux allures bourgeoises, entre le bar dissimulé derrière un rideau à lamelles et la porte de la chambre de leur fille qui sera une présence invisible mais d’une importance primordiale pour le déroulement de l’histoire et les révélations que cette soirée va déclencher. Car c’est bien la naissance de cet enfant qui sera, au fur et à mesure des échanges, la cause, aux yeux de parents, de la déliquescence de leur relation.
Léonore Confino joue de sa plume légère pour développer toute une rhétorique de reproches que les deux personnages s’envoient au visage, mais aussi avec des coups bas, des coups en dessous de la ceinture comme on dit en boxe. Certaines répliques emploient des termes qui eux aussi flottent bien en-dessous de la ceinture, une façon de montrer les excès que les conflits dans les couples peuvent amener dans le monde réel. Dans la mise en scène d’Anne Coutureau, elles se teintent d’un humour qui désamorce les côtés tragiques de l’histoire.
La pièce tangue en permanence entre la comédie de mœurs et le drame conjugal sans décider d’un ton particulier ce qui nuit aux deux formes car, si le fond de l’histoire est soutenu par le drame de la petite fille de sept ans devenu mutique à cause de la violence verbale qui l’entoure, la forme, avec une référence constante à Barbie et Ken comme idéal imaginé par cette même petit fille, rend ce drame vague.
Mais les deux interprètes donnent à leurs personnages un dynamisme total et une belle crédibilité. Investis à fond dans les divers instants de la pièce, passant aisément de la mécanique bêtifiante lorsqu’ils incarnent Barbie et Ken, à la violence contenue, ou non, des échanges sans fards qui leur jette mutuellement de l’acide verbal au visage, ils sont tous deux susceptibles d’embaler le cœur des spectateurs dès que le rythme des représentations aura fluidifié la course effrénée de leurs affrontements.
Bruno Fougniès
Les Beaux
Texte de Léonore Confino
Mise en scène Anne Coutureau
Avec Yasmine Van Deventer et Cédric Welsch
Costumes Mathilde Chollot
Maquillage et coiffures Claire Jourda Devaux
Scénographie et lumières Amandine Voiron et Émile Rigaud
Son/musique Jean-Noël Yven
Mis en ligne le7 janvier 2026
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