Entête

JUDITH MAGRE DIT ARAGON 

 

Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse
75006 Paris

Jusqu’au 12 janvier
Les lundis à 19h

 

loupe

Photo © Sébastien Toubon

 

Aragon, Magre, Naulleau, un sublime trio éblouissant…

 

Au printemps dernier, Judith Magre et Éric Naulleau nous avaient déjà enchantés par leur duo brillant concernant Guillaume Apollinaire ; forts de leur succès, ils nous font (re)découvrir, tous les lundis, dans ce soyeux écrin du Théâtre de Poche qui va si bien à nos deux précieux artistes, un Aragon, grand poète mais aussi romancier, journaliste, figure flamboyante du dadaïsme, du surréalisme et personnalité fort complexe, dont certains aspects restent peu connus…

En effet, à côté de la Star Judith, il faut rendre un hommage, d’autant plus légitime qu’il est modeste et humble face à sa tendre complice, à Éric Naulleau qui nous conte la vie de cet Être d’exception avec admiration mais de manière factuelle, en nous révélant des pans de sa vie assez secrets et en ne faisant aucune concession aux zones d’ombre, tout ceci dans un style plein de verve, d’humour et magnifiquement écrit…

« Je ne pense à rien, sauf à l’amour » disait Aragon…

Cela commence par celui de sa mère, illustré par les poèmes Le Mot et Marguerite que notre Judith récite de sa voix suave et mélodieuse, suivi par l’amitié tendre et ambiguë d’André Breton puis vint son amour pour Nancy Cunard si passionné qu’il faillit en mourir, avant de rencontrer Elsa Triolet en 1928 et, réalité plus prosaïque que la légende, c’est Elsa qui dut faire les premiers pas et être carrément entreprenante… Pour qu’ensuite les dévotions à Elsa, la mythique Muse, soient plus de papier que de chair ! Demeurent des hymnes à l’amour inoubliables, repris depuis par nos plus illustres troubadours comme Les Yeux d’Elsa… Largement évoqués et sublimement chantés par Léo Ferré lors de notre délicieuse soirée…

Mais Aragon « aima » aussi le communisme jusqu’à devenir Stalinien avec une ode à la gloire du Guépéou, sa sinistre police… Paradoxalement, il fut l’un des grands chantres de la Résistance, avec la remise d’une seconde croix de guerre en 1940. Dans La Rose et le Réséda, il loue, autour de quelques valeurs essentielles, la France, la liberté et la lutte contre la tyrannie…

Homme déroutant, aussi, qui changea de vie après la disparition d’Elsa en 1970 qui marqua son adieu à toutes les femmes ; transformé en dandy, habillé par Cardin, avec un « piège à garçons » plus qu’à filles, sur le tard, assez stérile puisque ses amours homosexuelles n’ont inspiré aucun poème…

Et puis, petit clin d’œil d’Éric à Judith, aussi inattendu que charmant pour terminer ce succulent voyage lyrique, le rappel qu’Aragon a fait jouer La Magre dans Ismène, qu’ils partirent en tournée tous deux en Russie… Certaines nuits, à ses genoux, « Il m’a parlé de l’amour et des femmes comme personne au monde n’a su en parler, c’était extraordinaire ! » En voilà une confidence et une raison de plus de venir applaudir ce duo de charme qui vous inonde d’émotions et s’Il n’y a pas d’amour heureux, il y a des moments si heureux que cela ressemble au bonheur, certes éphémère, le temps de ce spectacle, et c’est déjà beaucoup !!!

Anne Revanne

 

Judith Magre dit Aragon

De Louis Aragon.

 Avec Judith Magre, Éric Naulleau.