Entête

HOMÈRE KEBAB

 

Théâtre La Flèche
77 rue de Charonne,
75011 Paris
01 40 09 70 40

Jusqu’au 11 mars 
les mercredis à 19h 

 

loupe 

 

Les migrants sont des ombres que l’on devine à peine, sombrant dans les tempêtes méditerranéennes, dans les eaux glacées de la mer du Nord ou s’abritant sous des tentes dans les obscurs recoins des rues. On les voit sans les regarder, on les entend encore moins. Homère Kébab tente de leur rendre la parole sous les traits de Rida, exilé algérien en quête d’un passage pour l’Angleterre, bloqué dans la ville de Calais.

Homère tient un Kébab dans la ville. Lui aussi est d’origine étrangère, mais il a la chance d’avoir des papiers en règle vue qu’il est grec et fait donc partie de la grande famille européenne. Il est tard ce soir-là. Le restaurant est vide et Homére est seul à attendre devant sa broche à döner quand un dernier client entre. Il est jeune, cheveux longs, porte un imper froissé qui l’a protégé de la pluie et du vent. Il a à la main un sac Lidl bondé d’affaires.

Voici la situation de départ du récit écrit et mis en scène par Benoit Lepecq. La rencontre au hasard entre ces deux hommes. Sur scène, seul Rida, incarné par Melki Izzouzi, est incarné. Il s’adressera durant toute la pièce à son interlocuteur invisible, Homère, homonyme du légendaire auteur grec, dont l’Iliade et l’Odyssée nous sont parvenus depuis l’antiquité. Benoît Lepecq s’inspire de ce dernier texte pour tisser le récit de Rida, ce migrant qui comme Ulysse erre au travers des flots pour trouver une terre où il saura enfin retrouver sa vie.

Ulysse a traversé des épreuves, épreuves physiques et épreuves morales, qui ont mis son corps et son esprit au défi de résister, d’échapper aux périls souvent et de garder toujours au cœur la volonté de parvenir à son but : rejoindre Ithaque, sa femme, son fils. Rida fait un peu le chemin à l’envers. Pourtant promis à un bel avenir de footballeur dans l’équipe nationale d’Algérie, les Fennecs, il se retrouve du jour au lendemain forcé de quitter son pays pour s’exiler, après avoir fait sans le vouloir offense au Coran : une fatouah abattant soudain son destin comme un coup de vent souffle un château de carte.

Exilé malgré lui, bloqué à Calais dans le but de se rendre en Angleterre, le personnage joué avec une belle dextérité et une énergie lumineuse par Melki Izzouzi, est encore tout pétri de la fougue d’une jeunesse que le destin, aussi terrible soit-il, ne parvient pas à assombrir. Dans le récit de sa vie qu’il dévoile peu à peu à l’invisible Homère au fil de cette soirée presque ordinaire, on découvre avec reconnaissance un homme plein de rêves, d’idées et de volonté qui, malgré les violences subies par son statut de sans-papiers – que ces violences viennent de la police ou des éléments de la nature – conserve la tête haute et la parole sans meurtrissures.

Une belle manière de donner voix aux ombres qui glissent sans révolte dans les couloirs de nos cités radieuse et leur donner un visage totalement humain, dans son honneur autant que dans l’esprit de dérision que les chaos de l’existence lui inspirent.

Bruno Fougniès

 

Homère Kebab

Texte & mise-en-scène Benoit Lepecq

Avec Melki Izzouzi

Lumières et son : Jean-Charles Levesque
Collaboration Artistique : Corinne François Deneve