Stéphane GRUSS
1 – Bonjour et bienvenue sur Regarts.org. Tout d’abord, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Bonjour, je m’appelle Stéphane Gruss. Je suis le fils aîné d’Alexis et Gipsy Gruss. Je fais partie de la cinquième génération de la famille. Je suis artiste, mais aussi directeur artistique de la Compagnie Alexis Gruss.
2 – 52e création cette année. Pouvez-vous nous rappeler quel est le concept des Folies Gruss que, avec votre frère Firmin et votre sœur Maud, vous avez créé en 2019 ?
Ce concept est né d’une réflexion que nous avons eue tous les trois et d’une volonté commune de mettre en avant notre ADN, c’est-à-dire la particularité d’être une famille d’artistes aux talents multiples et de posséder un savoir-faire équestre qui s’est transmis dans notre famille depuis six générations.
D’où l’idée de créer ce moment en trois temps, avec la possibilité de se restaurer sur place : un repas pendant lequel est présenté un pré-show avec des animations artistiques et de la musique live ; un deuxième temps avec un spectacle plus court, sans entracte ; et un troisième temps que l’on appelle l’after-show, où les artistes viennent à la rencontre des spectateurs pour partager un moment d’échange.
3 – Pourquoi ce sous-titre de comédie musicale équestre et saltimbanques ?
Pour moi, ce spectacle est comme la réalisation d’un rêve : la rencontre entre l’univers de la comédie musicale, dont j’ai toujours été fan, et notre univers artistique.
Pour la première fois, nous racontons notre histoire à travers des scènes et des chansons où toute la famille participe. Et bien sûr, nous mettons à l’honneur notre savoir-faire équestre à travers cette cavalerie exceptionnelle de 50 chevaux et ce savoir-faire saltimbanque hérité de ma maman.
4 – Par rapport à la précédente, celle-ci est plus intimiste. Vous proposez aux spectateurs de rentrer directement dans sa fabrication ?
Oui, c’est vrai. Dans le précédent spectacle, j’avais fait appel à Gregory Garell pour écrire les dialogues entre cette chanteuse, « Louise », qui découvrait notre univers grâce à ce technicien, « Piotr ». Cette fois-ci, c’est moi qui ai tout écrit : chaque scène, chaque dialogue, chaque thème de chanson. Et surtout, je voulais que chaque membre de la famille joue son propre rôle afin de donner une authenticité au récit.
5 – Est-ce avant tout l’occasion de rendre un hommage extrêmement touchant à votre papa ?
Oui, cela ne pouvait pas être autrement, puisque c’est le premier spectacle que nous créons sans lui. Dans la mesure où il nous a tout appris et surtout tout transmis, je me suis dit que la transmission de ce savoir pouvait justement constituer un joli fil conducteur pour ce spectacle. La difficulté résidait dans le dosage entre l’émotion liée à son absence et, en même temps, la volonté de tous de continuer à évoluer et à nous renouveler sans cesse.
C’est pourquoi, dans ce spectacle, la partie comique joue un rôle très important. Elle est assurée par mon frère Firmin et son épouse Svetlana, grâce à leurs interventions où ils cherchent à s’illustrer dans différentes disciplines avec plus ou moins de succès. Le rire est aussi au rendez-vous de ce spectacle.
Un autre moment qui me tient à cœur est celui où je partage la piste avec ma compagne, Pauline, et où nous racontons nos escapades dans un parc où des musiciens de jazz jouent sous les étoiles. C’est un joli prétexte pour que je prenne ma trompette et que Pauline s’envole dans les airs avec son cerceau.
Un moment rempli d’émotion.
6 – Le fait que toutes les générations de la famille Gruss participent au show était-il une nécessité, et pourquoi ?
Nous avons toujours créé les spectacles en famille, avec plusieurs générations sur la piste, et encore plus depuis la création des Folies Gruss, où la famille s’est nettement agrandie. C’est bien sûr une valeur ajoutée unique, et c’est ce qui touche énormément les spectateurs.
7 – La transmission passe aussi par certains numéros ?
Oui, bien sûr. Notre savoir-faire repose sur un répertoire à la fois équestre et saltimbanque sur lequel nous nous appuyons pour chaque création.
L’idée est de puiser dans ce répertoire tout en cherchant à le réinventer, à le moderniser et à aller toujours plus loin dans la performance et l’innovation.
8 – Vous avez tout écrit. Qu’est-ce qui a été le plus difficile : l’écriture de l’histoire, les chansons ou le travail avec les chevaux ?
C’est vrai que le travail d’écriture est quelque chose de nouveau pour moi. Mais étant donné que je raconte l’histoire de ma famille, jouée par les membres de ma famille, tout est venu naturellement. La difficulté résidait plutôt dans le fait de créer des scènes très courtes qui vont directement à l’essentiel, le spectacle étant déjà très riche au niveau des tableaux.
Pour le travail avec les chevaux, nous avons réalisé, avec ma sœur Maud et mes deux fils Alexandre et Charles, un travail formidable avec des tableaux totalement inédits, et surtout ce prologue où je tenais à mettre à l’honneur cette cavalerie exceptionnelle.
Avec ma sœur Maud, nous avons imaginé ce tableau où chaque race est présentée par groupe, avec ses spécificités, son nom et ses différentes aptitudes sur la piste.
9 – Gruss sans les chevaux ne serait pas Gruss. Combien évoluent sur la piste et y a-t-il des races avec lesquelles, pour l’occasion, vous travaillez pour la toute première fois ?
Oui, il y a des chevaux qui entrent en piste pour la première fois dans ce nouveau spectacle, notamment ces quatre magnifiques barbes arabes que mon père avait ramenés du Maroc et que je forme depuis trois ans.
Il y a aussi ce magnifique tableau présenté par ma sœur Maud avec ses six frisons en liberté, rejoints par un magnifique andalou blanc, Armas.
L’acrobatie n’est pas en reste avec mes nièces qui débutent dans la discipline emblématique de notre famille, les jockeys, avec en prologue cette chorégraphie sur quatre sulkys.
Les poses équestres sont proposées dans une nouvelle version par mon fils Alexandre et son épouse Olivia.
Mon fils Charles s’initie pour la première fois à la voltige cosaque.
Et pour célébrer mes 40 ans de piste, je fais mon retour à ma discipline de prédilection : le jonglage à cheval.
10 – À ce niveau d’excellence, parle-t-on plus d’apprentissage que de domptage ?
Mon père n’a jamais voulu parler de dressage. En ce qui concerne nos chevaux, dans la famille, nous parlons d’éducation. On éduque les chevaux comme on éduque les enfants. Je crois que l’apprentissage, pour un animal comme pour un humain, est quelque chose de très valorisant et d’enrichissant. Je pense que les chevaux aussi en sont reconnaissants.
11 – Après toutes ces années, vous surprennent-ils encore ?
Oui, absolument. Le travail avec les chevaux vous oblige à une grande humilité, à de la régularité et à une attention particulière pour créer ce lien et cette connexion avec eux. Chez nous, les chevaux, comme les artistes, apprennent d’année en année à progresser et à enrichir leur savoir-faire personnel.
12 – Vous avez déclaré que « cette création, c’est l’aboutissement de tout ce que j’ai vécu, de tout ce que j’ai appris artistiquement ». Comment sera le Stéphane Gruss de demain ?
Oui, c’est vrai que ce spectacle me tenait particulièrement à cœur pour de nombreuses raisons personnelles. Mais comme je le dis toujours, la création est le moteur de notre famille. C’est ce qui m’a toujours poussé à innover et à explorer de nouvelles choses.
Je crois qu’aujourd’hui plus que jamais, j’ai la conviction que notre savoir-faire équestre et saltimbanque est unique et qu’il est de mon devoir de continuer à le faire évoluer, à le réinventer et à le faire découvrir au public, toujours sous de nouvelles formes.
13 – En vous remerciant, réfléchissez-vous déjà à la prochaine création des Folies Gruss ?
Je pense qu’après m’avoir lu, la réponse est évidente. Bien sûr que, dès qu’un spectacle est né, je pense à la suite. Et je peux vous dire que, chez un artiste, la remise en question permanente est quelque chose de vital.
La réussite du pari fou de cette 52e création en est la preuve.
Merci à vous.
Mis en ligne le 13 février 2026
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