Entête

LA MORT DE JEAN-MARIE DE BALMA

 

Théâtre de la Tempête.
La Cartoucherie, route du Champ de Manoeuvre
75012 Paris

Jusqu’au 18 octobre,
du mardi au samedi à 20h30,
dimanche à 16h30.

 

loupe

 

 

Étrange pièce que celle que Vincent Guédon consacre à son frère disparu. Disparu, oui, mais comment, pourquoi ? Une clé sera fournie en fin de spectacle.

On navigue sans cesse entre la réalité et la fiction : ce frère adulte s’évanouit dans la nature, il part, il prend un train, du moins on l’imagine, son frère l’imagine. Il longe un quai, monte dans un wagon, le train démarre…

Sur scène, des objets divers, des souvenirs, dirait-on. Un homme nous parle. Et il commence par lire une longue lettre adressée à Jean-Marie.

Au centre, un espace sombre et protégé qui servira plus tard. À l’avant-scène, un musicien tire des sons aigus, et parfois crispants, d’un dispositif adéquat. Cela dure.

Puis c’est la fin de la lettre, publiée en 2012 dans la revue L’Impossible, une lettre où le frère a mis beaucoup de ses attentes, de ses espoirs. Que dire à un « fuyant », quelqu’un qui a choisi de s’abstraire du milieu familial, s’est arraché à sa vie d’avant sans plus donner de nouvelles ?

Les deux frères se rencontreront pour un dialogue réel… ou fantasmé, ce qui ne fera qu’ajouter à la peine de l’autre, celui qui cherche, celui qui voudrait à tout prix retrouver Jean-Marie.

Les années ont passé. Vingt-neuf ans, c’est long, jusqu’au moment où paraît cette lettre qui n’aura pas de réponse.

À Toulouse, dans un foyer, est mort Jean-Marie.

Le frère va tenter de savoir, de mettre des mots, d’autres mots sur cette absence qui est, cette fois, définitive. Il se livre alors à une sorte d’enquête morbide, très triste, sur la façon dont a vécu Jean-Marie, dit « de Balma », puisque c’est le nom de la ville où il s’est éteint.

Tout est passé au crible, un crible où pullulent les détails sombres, et ce voile noir fait d’alcoolisme et de dépression qui a fini par ensevelir Jean-Marie.

Une lettre, donc, puis des dialogues. À Balma, le frère rencontrera une femme qui a travaillé là et qui se souvient. Qui évoque. Qui raconte ce résident mutique « qui l’aimait bien ». Ensuite, c’est le côté psy qui surgit, le suivi de Jean-Marie.

Le dispositif est pesant mais fonctionne bien : parmi les comédiens, Catherine Vinatier éclaire la scène, humanise le propos dans les trois rôles qu’elle tient.

Que dire de plus, sinon qu’on peut être irrité par ce parti pris de noirceur. On reconnaît, en tout cas, l’exigence dont l’auteur et le metteur en scène font preuve et la qualité du jeu des trois interprètes.

Gérard Noël

 

La Mort de Jean-Marie de Balma

Texte : Vincent Guédon
Conception et mise en scène : Pascal Kirsch

Avec : Yann Boudaut, Jonathan Genet, Catherine Vinatier

et le musicien : Alvise Sinivia
Musique : Alvise Sinivia

Lumières, régie générale : Nicolas Ameil
Scénographie : Pascal Kirsch
Accompagnement à la scénographie et aux costumes : Virginie Gervaise
Vidéo : Mathieu Kauffmann
Régie : Thomas Chrétien, Yann Nédélec