Entête

LOOKING FOR BEETHOVEN

 

Théâtre Montparnasse
31 rue de la Gaîté
75014 Paris

Jusqu’au 20 décembre
Mardi 21h, samedi 16h30, dimanche 11h30

 

loupe

Photographies : Philippe HANULA & Christian VISTICOT

 

Beethoven par Amoyel : le génie transcendé par un musicien magicien…

 

Cela fait trois fois que j’assiste à ce spectacle unique, aussi original qu’éblouissant ! Toujours avec la même ferveur et toujours comme si c’était la première fois, avec la fraîcheur des premiers émois et la candeur des bouleversements qui vous marquent à jamais…

Bien sûr, il y a les multiples biographies concernant Ludwig van Beethoven (1770-1827), mondialement connu ; bien sûr, il y a la légende universelle d’un être exceptionnel continuant à composer malgré sa surdité ; bien sûr, il y a les informations contradictoires d’un dieu fait homme mais aussi d’un vagabond mis en prison ; bien sûr, il y a la renommée d’une créativité fulgurante mais également d’un caractère faisant fi de toutes les conventions de son époque…

Et puis, il y a Le Beethoven intime de Pascal Amoyel. Et là, on bascule dans une autre dimension, celle des ailes sonores d’un ange coruscant, celle de sa révélation à vingt ans, un soir dans un parc, qui allait changer sa vie : il entend une musique surgissant d’un univers inconnu, « une musique fragile, tendre, profondément humaine, qui ne s’adressait qu’à moi et à moi seul ! »

Et voilà notre Pascal habité, voire ensorcelé, par ce Ludwig qui lui devient si profondément intime. Il nous fait alors découvrir, tel un feu d’artifice artistique où le musicien se métamorphose en comédien et en conteur, un destin où se mêlent tragédie et joie. Il nous fait vibrer, de sa voix tour à tour mélodieuse ou volcanique, au récit des principales étapes de cette existence si mouvementée. Avec un talent exceptionnel et une virtuosité magistrale, il interprète quelques-unes des trente-deux sonates-confessions d’où surgissent les doutes, les certitudes, les espoirs et les aspirations du compositeur… Jusqu’à la description de la naissance du cosmos !

Cet homme méconnu nous devient familier grâce au récit chaleureux et empreint d’une profonde empathie fraternelle de Pascal, qui nous fait partager les blessures d’un enfant battu par un père alcoolique, ses frustrations amoureuses face à des jeunes filles qui se moquent de sa laideur, sa solitude dans un logement insalubre, vêtu d’une peau de chèvre, hurlant, dansant et dirigeant un orchestre imaginaire dans la rue, et même son incarcération…

Puis, dans un élan de solidarité mimétique, pour accompagner sa surdité légendaire, Pascal devient aveugle. Noir complet dans la salle. Il interprète alors, de façon sublime, l’Opus 31 n° 2, La Tempête : « Moment de pure fragilité, de silence, unique dans l’histoire de la musique… Ce n’est plus de la musique mais la plus intime des confidences. »

Opus 111, 1822. Beethoven a cinquante-deux ans. Pascal joue et nous confie : « Ma mission prend enfin tout son sens… La musique n’exprime plus rien, elle est le sentiment exprimé. Elle parle à celui qui ne peut plus l’entendre et devient méditation universelle ! »
« Beethoven venait de faire de moi plus qu’un pianiste : un chercheur de vérité. »

Dans une lettre écrite le 6 octobre 1802 à Heiligenstadt, Beethoven nous délivre ce message :
« … Je ne pouvais me résigner à dire aux hommes : parlez plus fort, criez, car je suis sourd !
Ô hommes… Lorsqu’un jour vous lirez ceci…
Songez que vous vous êtes mépris sur moi.
Adieu, et aimez-vous !
Et s’il en va ainsi, c’est avec joie que je m’empresse vers la mort !
Adieu, et ne m’oubliez pas tout à fait une fois mort…
Parce que j’ai souvent, dans ma vie, pensé à vous rendre heureux…
Soyez-le ! »

Allez, courez voir ce spectacle, les oreilles, les yeux et le cœur grands ouverts. C’est un devoir hédoniste qui répondra à cette injonction du grand maître, dans une période où la tolérance et la joie ne sont pas si fréquentes. Vous ressortirez un peu meilleur, et c’est déjà beaucoup !

Surtout, n’oubliez pas de prendre vos ados sous le bras, même ceux un peu réticents à la musique classique : révélation et joie garanties, avec la certitude de passer un moment de grâce théâtrale inoubliable…

Anne Revanne

 

Looking for Beethoven

Théâtre musical de et avec Pascal Amoyel

Mise en scène Christian Fromont
Lumières Philippe Séon