APRÈS-MIDI, PISCINE
Théâtre Essaïon
6 Rue Pierre au Lard,
75004 Paris
Jusqu’au 1er décembre
Les lundis et mardis à 21h
On arrive dans une cave voûtée. L’espace illumine par des figurines de clowns colorés et souriants, sortes de nains de jardin exposés sur des plots, ainsi que par une miniature de cirque. L’un d’entre eux est plus géant que les autres, vêtu d’un costume trois-pièces à rayures et d’une chemise rouge brillante, le crâne chauve, le rimmel au bord des yeux, la bouche entourée d’un rouge à lèvres aux paillettes dorées : c’est le clown Akfak (avatar de Kafka). L’homme s’anime et s’adresse à nous avec douceur, en nous regardant de ses grands yeux clairs. Il nous raconte une suite de fragments d’humanité sortis de nouvelles plus ou moins connues de Kafka. Avec humour, il distille chacune d’entre elles sur le fil du tragi-comique. Il est caustique et grinçant, complice et désemparé, tendre et triste...
C’est un kaléidoscope de textes et de thématiques chers à Franz Kafka : la littérature comme rempart à la folie du monde, un prix du meilleur nageur aux Jeux olympiques décerné à un nageur qui avoue simplement ne pas savoir nager, ou juste se rappeler qu’il savait nager ; la solitude de l’homme libre chez lui, mais qui en souffre ; un chien de compagnie qu’il ne peut supporter ; l’impossibilité de vivre avec l’autre, surtout une femme irritante ; un agneau-chat dans les bras ; un artiste virtuose de la faim...
Le clown Akfak se fait le porte-parole de chaque texte. Le plus marquant est sans doute celui consacré à l’artiste virtuose de la faim, qui existait dans les cirques du début du XXe siècle comme une bête de foire que les spectateurs intermittents venaient observer derrière les grilles de sa cage, jusqu’à ce qu’il meure de jeûne et soit remplacé par une panthère que l’on rassasiait d’énormes morceaux de viande.
Allégorie de la place de l’écrivain qui souffre, et, à fortiori, de celle de l’artiste, on pourrait ainsi parler du « virtuose de la faim » : s’il disparaît, qui s’en souciera ?... Kafka était obsédé par la disparition de l’écrivain.
Le personnage créé et interprété par Bernard Bloch est impressionnant d’humanité. Un vieux grand clown qui se livre avec toute sa sensibilité, mêlant également des chansons a cappella en allemand, en yiddish et en français. Avec sa naïveté retrouvée d’enfant, il s’amuse à frapper très fort sur une grosse caisse et sa cymbale, coups de gong ponctuant les textes.
On découvre autrement un Kafka mis à nu, celui qui rate, qui ne sait pas, qui n’est pas brillant. Le clown nous livre des vérités en creux, avec cette « impossibilité d’être Kafka ».
On connaît l’engagement de Bernard Bloch au théâtre ; par son clown, il permet de révéler et de faire résonner ce que survit l’artiste aujourd’hui.
Merci !
Claire Coursange
Après-midi, Piscine ou de l’impossibilité d’être Kafka
Texte Frantz Kafka
Prologue, conception et jeu : Bernard Bloch
Mis en ligne le 21 octobre 2026
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