UN CONTRAT

 

Theatre Du Gymnase
38, Bld Bonne Nouvelle
75010 Paris
Tél : 01 42 46 79 79

Jusqu’au 21 mars 2020
Du jeudi au samedi à 20h30

 

Un contrat loupe 

 

Crtique de Gérard Noël

 

On connaît Tonino Benacquista comme auteur de polars très travaillés, plus d’autres romans, comme "Saga" ou encore "Malavita". Ici, il s’essaie au théâtre. "Le contrat" est en effet, à ce  jour, son unique pièce.

Soit, donc un psy qui reçoit la visite d’un patient. Jusque là, rien que de très ordinaire, sauf que cet homme étrange (gestuelle nerveuse et visage inquiétant) est un malfrat.

Le jeu du chat et de la souris va vite déboucher sur des tensions. En effet, l’homme, qui se répend en fanfaronnades et provocations, va vite apparaître pour ce qu’il est vraiment : un tueur. Mais un tueur avec des états d’âme, des angoisses qui se répercutent sur lui au niveau physique : suées, maux de ventre, douleurs diverses. Dire que le psy est enchanté serait exagéré. Averti des tenants de l’affaire, il voudrait même interrompre la... et les séances. Menaces. Il finit par donner suite et l’analyse continue. Presque comme une vraie analyse.

Une sorte de "complicité" finit par s’établir entre les deux hommes, tentés, même, à l’occasion, d’inverser les rôles.

On ne donnera pas la clé, celle qui permet finalement au malfrat de résoudre son problème et d’aller mieux.

Disons simplement que nombre de questions sont abordées, mine de rien : la culpabilité, la fixation, la posibilité ou pas de "nommer" ce qui pose problème pour, non pas le régler, mais vivre avec.

Le psy, à un moment a même cette trouvaille de menacer son tourmenteur de la reprise de son mal-être. Bien vu.

Au niveau de la mise en scène, c’est un peu la portion congrue, vu l’exiguïté de la scène : c’est à peine si les personnages peuvent contourner le divan, ce divan qui trône sur scène... et dont on imagine l’importance.

Au niveau jeu, Patrick Seminor oscille entre le côté sphynx, liée à son rôle de psy et des mouvements de rebellion.

Olivier Douau, lui,  est plus vrai que nature : tour à tout insinuant, menaçant, accablé, il est le centre de la pièce et tient plus que brillamment son rôle.

Au final, une soirée originale, avec un thème pas si fréquent au théâtre et dont Benacquista tire des prolongements aussi inattendus que jubilatoires.

 

Critique de Fanny Inesta

Un duel envenimé au dénouement improbable.

 

Un homme tourmenté par ses crises d’angoisse, fait  irruption dans le cabinet d'un psychanalyste réputé. On découvre un truand de belle envergure souffrant de profonds malaises, qui doute de lui et craint pour sa peau. Dans le « milieu » on n’aime pas ça...

La praticien, déconcerté par ce patient aux réminiscences douloureuses et surtout douteuses, cherche à évincer voire à refuser cette thérapie. Il craint pour lui, il n'a pas confiance en ce personnage à la morgue hautaine. Ce dernier va lui faire du chantage affectif suivi de menaces sur sa famille et l'obligera ainsi à céder.

La psychothérapie peut débuter.

Une promenade inquiétante entre violence et loi du silence pour l’un, crainte et secret professionnel pour l'autre vont les conduire dans un face-à-face implacable. La tension est omniprésente, croissante, leur relation est à fleur de peau. Peu à peu, les failles, les faiblesses de chacun, les tourments, les remords vont nous entraîner dans une spirale déroutante.

De confidences en confidences, chacun se révèle avec ses propres doutes, sa culpabilité mais aussi ses espoirs, ne laissant plus de place qu'à la fragilité et au désarroi.

Qui est le maître, qui est l'élève ? Qui soigne qui ?

Olivier Douau incarne ce rôle de truand avec brio, il est remarquable de véracité.

Son allure, sa gestuelle, ses mimiques personnifient bien ce malfrat de haut vol et en outre ses expressions angoissées lui confèrent par moments un statut de victime.

Patrick Seminor en psychothérapeute interprète avec justesse un personnage sans cesse sur ses défenses, mais qui a la subtilité de pousser son patient dans le fin fond de ses troubles.

On est à tout moment sur nos gardes, l'action est sur le fil du rasoir, qui tranchera qui ???

Qui baissera sa garde ?

Qui survivra ?

Une pièce de Tonino Benacquista, auteur de nombreux scénarios à succès dont le magnifique « Malavita » adapté par Luc Besson avec Robert De Niro et Michelle Pfeiffer.

Son écriture est précise, bien documentée, ce qui permet de nous plonger intensément dans l'action de la pièce.

La mise en scène de Stanislas Rosemin est sobre, elle met en évidence de façon subtile les états d'âme de l'un et de l'autre. Une belle pièce à voir assurément.

 

Un contrat

de Tonino Benacquista
par la compagnie du Nouveau Monde
Mise en scène Stanislas Rosemin

avec Olivier Douau et Patrick Seminor

 

 

Mis en ligne le 2 janvier 2020


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