SURPRISE PARTI

 

Théâtre de la Reine Blanche
2bis, Passage Ruelle
75018 Paris
Tél : 01 40 05 06 96

Jusqu'au 27 septembre,
du mercredi au dimanche à 19h.

 

Surprise Parti loupe 

 

Voici l'histoire d'une aventure politique hors normes qui a eu lieu en 2010 à Reykjavík, capitale de l'Islande. En ces années sombres, post crise financière de 2008, les principales banques islandaises ont fait faillite et le pays a refusé de renflouer gentiment ces banques avec les fonds publics (contrairement à la France et à la plupart des pays européens) mais de les nationaliser avec leurs dettes vertigineuses. Presque tous les islandais sont endettés personnellement à des hauteurs considérables. C'est alors qu'arrivent les élections municipales de cette ville où vivent plus d'un tiers de la population du pays. Voici le décor dans lequel va se dérouler la pièce.

Surprise parti nous plonge en pleine campagne électorale. Aux pupitres les trois représentants des partis traditionnels et en commentateur, une célébrité des stand-up et de l'univers punk islandais : Jón Gnarr. Celui-ci parodie allègrement ces politiques englués dans leur langages convenus et leurs promesses électorales jamais tenues, jusqu'à ce jour où, à l'image du Coluche des années 80, et avec le même esprit blagueur, il décide de se présenter lui aussi aux élections sous l'égide d'un parti qu'il vient de créer : « Le meilleur parti »

Au fil des interventions, si loufoques soient-elles, et malgré son absence totale de programme et ses déclarations qui démolissent les tournures langagières des hommes politiques (« Nous pouvons faire encore plus de promesses que les autres partis parce que nous n’en tiendrons aucune. »), Jon Gnarr progresse dans les intentions de vote et finit par être élu maire de Reykjavik pour 4 ans. Il promet aussitôt qu'il ne se représenterait pas après ce mandat.

Le texte et la mise en scène de Faustine Noguès, s'articulent autour de deux espaces : l'un, médiatique et « officiel », figuré par une estrade triangulaire surmontée de pupitres, l'autre, plus underground, une autre estrade, destinée au monde artistique d'où est issu le nouveau maire et ses amis. On assiste ainsi par deux angles différents au déroulement de ces quatre années exceptionnelles, avec à la fois, les luttes des anciens partis contre ces farfelus arrivés au pouvoir sans le vouloir, le désarroi de ces derniers face aux questions dramatiques des finances ravagées de la ville, mais également avec un joli esprit de dérision et de contre-pouvoir, aux propositions faites par le Meilleur Parti comme : construire un Disneyland gratuit dans l'aéroport, abolir toutes les dettes, introduire un ours polaire dans le zoo de la ville.

Oui, c'est l'esprit loufoque au pouvoir dont nous suivons les fantaisies tout au long de ce mandat. Et le jeu des six interprètes s'inscrit dans cette esprit de caricature. La pièce elle-même est construite en petites parties de puzzle, de scènes de factures différentes, faites de travail d'écriture sur le langage, ou de moments de rap, de chants. Les comédiennes et comédiens envahissent l'espace entier du plateau, de la salle et fournissent une énergie fraîche, nécessaire à ces scènes plus déclamatrices que dramatiques. Une ambiance festive et corrosive qui colle bien au sujet de la pièce.

Pour incarner Jón Gnarr, Damien Sobieraff développe des montagnes de clins d'œil empathiques, en y ajoutant quelques tics que l'on connaissait de Coluche, sans doute pour donner un côté fraternel à ces deux destins, mais cela brouille un peu la vision du personnage islandais sans rien ôter à la pertinence de l'interprétation.

Quant au bilan de cette histoire, il a été si positif pour les habitants de la capitale qu'aux élections de 2014, les sondages donnaient Jón Gnarr vainqueur... si jamais il s'était fait prendre au jeu de la politique et s'était représenté, mais (peut-être était-ce la seule promesse électorale qu'il a tenue), il ne se représentera pas et retourna à son groupe punk et ses stand-up. Pourtant, d'autres citoyens issus du monde artistique, ont poursuivi cet exemple en fondant un nouveau parti qui siège au conseil municipal de Reykjavik : Avenir radieux.

Avenir radieux ? Et pourquoi pas ?

Bruno Fougniès

 

Surprise Parti

Texte et mise en scène : Faustine Noguès
Collaboration artistique : Laurine Frédéric
Scénographie : Alice Girardet
Création sonore : Colombine Jacquemont
Création lumière : Zoé Dada

Avec : Léa Delmart, Rafaela Jirkovsky, Ulysse Robin, Nino Rocher, Damien Sobieraff, Blanche Sottou

 

 

Mis en ligne le 18 septembre 2020


Merci de cliquer sur J’aime

DERNIERS ARTICLES