L’ÉVEIL DU PRINTEMPS

 

Théâtre de la Tempête
La Cartoucherie
Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris  
01 43 28 36 36

Jusqu’au 29 mars
du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h 

 

L’Éveil du printemps loupePhoto  ©  Pascal Gely

 

Le grand dramaturge allemand Wedekind longtemps censuré de son vivant écrit cette tragédie enfantine en 1891, jouée des années plus tard, en 1906. Le dramaturge y critique l’autoritarisme de Bismarck et la rigidité des mœurs pétries par la religion. Si le contexte d’écriture est une clef de lecture de l’œuvre, sa poésie et sa subtilité la rendent universelle. Armel Roussel s’empare de ce chef d’œuvre au Théâtre de la Tempête. 

Le public est accueilli en musique par le duo féminin Juicy dont la musique aux accents d’Ibeyi nous emporte totalement. Elles sont coupées par une comédienne qui nous remercie d’être là malgré les quarante-quatre annulations liées au coronavirus. Wedekind est loin, l’action dramatique n’a pas commencé mais on sent les prémisses de l’explosion de cette jeunesse qui va envahir le plateau. Nous sommes aux aguets.

Armel Roussel tombe dans les écueils du théâtre à la mode. Les comédiens sont présents ; la plupart incarne leurs personnages traversés par les pulsions, difficiles à assumer, souvent enfouis par la pudeur des adolescents. Or, le metteur en scène travaille ses comédiens au corps, les pousse dans leurs extrémités ; ils illustrent cette pulsion non dans son essence mais dans l’exubérance. Armel Roussel souligne, illustre, grossit grossièrement le trait. À un tel point qu’il perd le public dans certaines scènes qui frisent la bouffonnerie. Le manque de finesse de sa posture traverse le plateau ; le spectateur sait quels choix dramaturgiques il fait – rire ne fait pas oublier la gravité. Toutefois, tout l’inverse apparaît, la bouffonnerie masque l’essence du texte dont les mots si puissants transcendent ce qui se joue sous nos yeux. 

La scénographie ingénieuse rappelle le Sacre du printemps de Pina Bausch - la tension du corps dans ses besoins les plus primaires, le corps brisé par la violence du viol. La finesse du texte montre toutes les ambivalences de cette violence ; Armel Roussel échappe au manichéisme mais réussit, trop peu souvent, à nous saisir dans la nuance. La jeune génération se doit de faire advenir ce qui est déjà écrit, de le rendre accessible, non dans la caricature qui tend à une fausse facilité mais dans une forme d’humilité qui permet l’avènement.

Alexandra Diaz 

 

L’Éveil du printemps

de Frank Wedekind
Adaptation et mise en scène Armel Roussel

avec Nadège Cathelineau, Romain Cinter, Thomas Dubot, Julien Frégé, Amandine Laval, Nicolas Luçon, Berdine Nusselder, Julie Rens, Sophie Sénécaut, Lode Thiery, Sacha Vovk, Uiko Watanabe, Judith Williquet et le groupe Juicy (Julie Rens, Sacha Vovk) en alternance avec Elbi 

lumières Amélie Géhin 
costumes Coline Wauters 
son Pierre-Alexandre Lampert 
maquillages Urteza da Fonseca 
assistant à la mise en scène Julien Jaillot 
collaboration artistique Nathalie Borlée

 

 

Mis en ligne le 11 mars 2020


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