TOUTE LA MER DU MONDE
Théâtre de l’Albatros
à 20h30
(relâche le jeudi)
Tout est prêt pour le concert. Sur scène : un tabouret, un micro sur pied, une guitare, des enceintes, une machine à fumée, une table de régie son.
Sabine, la régisseuse son, vient à son poste côté cour ; on apprendra qu’elle est sourde.
Un homme rock’n’roll, blouson de cuir, pantalon noir, santiags et perruque, entre.
Il salue et nous explique qu’il va nous chanter une liste de 29 chansons. Il parle au micro, que Sabine devra brancher pour amplifier le son. Il se met à la guitare, mais se prend les pieds dans les fils du micro et casse l’instrument malgré lui. Entre-temps, il nous parle de sa vie : sa fille qui l’aime, sa femme partie avec le guitariste de leur ancien groupe, Les Leaders, groupe phare à l’époque dans le Tarn. Il nous livre sa révolte par rapport au métier, à la société…
Plutôt batteur, il a appris le son des notes grâce à la guitare.
Sabine rythme les interventions d’Alexis — c’est son nom — en envoyant ponctuellement de la fumée de la machine, dès qu’il lui fait un geste. Elle est sourde ; la comédienne l’incarne avec beaucoup de malice, mais ils s’entendent bien.
Alexis repousse le moment où il va chanter, pris par toutes sortes de mésaventures au plateau. Il avait sans doute prévu un vrai concert, mais malgré lui tout se casse la gueule. Il en profite pour citer son philosophe préféré, un certain Joanes ; il se réfère sans cesse à lui : les étapes essentielles de la vie, l’arrivée, le départ et le milieu…
Alexis vit le rien : pour lui, rien ne vaut plus que s’asseoir au pied d’un arbre pour être content… platif.
Plus tard, Sabine ira chercher une autre guitare, et, avec maladresse, quand son médiator tombe dans la caisse de résonance de l’instrument, Alexis s’en empare et la fracasse, encore une fois…
Jeu en interaction démente entre lui et Sabine, entre lui et le public, lui et son non-concert. Une interprétation très poétique, philosophique, subtile, engagée et décalée. Il ne joue rien : il réagit seulement aux occurrences qui lui arrivent, aux gestes qui lui échappent.
Il citera Aristote : « Il y a trois sortes d’hommes sur terre : les vivants, les morts et ceux qui vont sur la mer. »
Lui-même se définit comme « sommaire ».
Un moment de petits bonheurs, d’humanité, de vie, d’échange sur les affres concrètes de l’artiste, sur sa place au monde, sur le ne rien faire, l’acceptation de ce qui advient, avec humour, soif d’amour, de partage et beaucoup d’autodérision. Il est cash dans son adresse au public.
On rit de A à Z, on participe, on est suspendu. Dans cette course effrénée du festival Off, où tout doit être efficace et mercantile, Alexis arrive comme une mouette sur la mer, en légèreté, comme un coup de pied sur la terre : un ovni. C’est bouleversant de vie, d’envie d’être là.
Au théâtre de l’Albatros, c’est lui, Alexis, l’oiseau, l’électron libre ! Un spectacle à tire-d’ailes.
Courrrrrrez-y !!!
Claire Coursange
Toute la mer du monde
Auteur, interprète, guitare et chant : Alex(is) Delmastro
Les productions de l’Autre
Musique : France Cartigny
Régie en scène : Sabine Cartigny
Mis en ligne le 18 juillet 2026
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