Entête

LA PESANTEUR ET LA GRÂCE

 

Chapelle des sœurs de Saint François d’assise
80 Rue du Portail Magnanen
84000 Avignon

à 11h30

(relâche le dimanche)

loupe 

 

Simone Weil (1909‑1943) est l’une des plus grandes philosophes françaises du XXᵉ siècle. Très affaiblie, elle est morte de tuberculose.

Roxane Borgna nous accueille à la chapelle des sœurs de Saint‑François d’Assise pour nous délivrer La pesanteur et la grâce de Simone Weil. Un parchemin est déroulé depuis l’autel, dévoilant la liste des aphorismes qu’elle va égrener. D’autres sont dispersés sur des papiers, titres dans l’espace. Le rituel peut commencer. À partir de ce texte philosophique, mystique et de grande spiritualité, Roxane Borgna s’adresse à chacun, à l’intérieur de nous. Le langage se fait chair, sa diction inscrit une légère résonance dans l’église, ce laps de temps nécessaire qui permet de faire écho en nous. « Pesanteur » et « Grâce », le bas et le haut, le corps et l’âme. Il s’agira d’entrer en fusion avec nous, comme pour nous laver de nous‑mêmes, nous enjoindre à accepter le vide, le détachement, le dépouillement, le dénuement ; y trouver l’équilibre dans le rapport à l’autre et au monde. Toucher l’impossible et rencontrer Dieu. Le mot même de Dieu, prononcé sous la voûte, prend toute sa force. La transcendance passe par le corps, non sans douleur…

Sous forme de stations de 1 à 12, chaque thème est développé et partagé par la comédienne, qui s’y donne à plein corps et avec la lumière du cœur. « L’impossible », « temps », « être », « illusion »… sont autant de postures et d’élans de corps et de voix dictés par le langage. Tout nous est magnifiquement transmis sans didactisme, nous plongeant en nous‑mêmes comme une introspection, vers l’acceptation de soi et du vide en soi.

La performance exceptionnelle de Roxane Borgna est pleine de lumière, d’humanité, de dénuement, d’acceptation : un instant rare d’extrême présence au monde, à vivre pleinement, au plus que présent. Elle se jette à plein corps dans la chair des mots, comme une révolte. Il suffirait de venir chaque matin pour se dépouiller intérieurement des affres du monde, se purger, entrer en soi pour s’ouvrir à l’autre, accepter le vide. La réception du spectacle est d’autant plus puissante que nous sommes assis comme des pèlerins sur les bancs de la chapelle, qui nous déploie ses vitraux lumineux et l’icône d’un Christ en croix. Nous nous laissons traverser. L’église ouvre le lieu même du rituel, la possibilité du partage divin, ici à vif, sans sermon.

Les sœurs de la chapelle de Saint‑François d’Assise accueillent pour la deuxième année consécutive le travail de Roxane Borgna. Le spectacle continue son chemin dans une économie de moyens, ce qui frotte avec la pensée même de Simone Weil.

C’est un instant de grâce, pour toute la vie, incontournable et libérateur, qui nous rassérène dans notre monde percuté, et au sein d’un festival où tout est course, intérêt et profit. MERCI !

Claire Coursange

 

La Pesanteur et la grâce

Texte de Simone Weil

Interprétation : Roxane Borgna

Cie Nageurs de nuit