Entête

ÉCLAIRÉ PAR ACCIDENT

 

Théâtre L’Autre Carnot 

à 13h35

loupe 

 

 

Pierre Divertito nous accueille avec son chapeau rose, grand, costume et chemise noirs, dégingandé.

D’emblée, il nous explique que le handicap est un avantage.

C’est un homme qui oscille d’une jambe à l’autre et sa voix est sa résistance au langage, celle qui le tient debout.

Au-delà d’un stand-up, Pierre Divertito déroule son histoire, toujours sur le fil, entre situations du quotidien et révélation de ce qui a déclenché, dans son enfance, son adolescence ou son âge adulte, son handicap. Il a un malin plaisir à raconter, avec moult détails, des situations où il a pu faire valoir son handicap : sa carte d’invalidité est un passe-droit, surtout pour trouver sa place dans la longue queue à la caisse du supermarché ou dans les espaces réservés pour se garer, etc.

Il brode sur son histoire, entre ce qui a pu lui arriver et des anecdotes fictionnées.

Il a une diction bien à lui, son corps tout entier se cabre, se tend pour que les mots surgissent de sa bouche.

Son humour est décalé, toujours avec finesse, philosophie ; il analyse de l’intérieur le regard que les autres, « les valides », portent sur lui, les injonctions des médecins qui somment ses parents de ne pas lui faire continuer ses études, jusqu’à ce qu’un médecin, plus ouvert que les autres, offre des crayons de couleur, des feutres et de la peinture à son père pour que lui, l’enfant, puisse s’exprimer.

Toute sa vie a été une lutte pour changer sa vie. Malgré des indemnités reçues pour son handicap, il n’a jamais cessé de vivre pleinement, de travailler pour être libre. Un moment fonctionnaire, il n’a pas tenu ; il est devenu thérapeute, « coach de vie », puis il a découvert la scène. C’est là qu’il se redresse, trouve son équilibre. Il nous offre son amour, son autodérision extrême, nous inclut dans notre regard sur lui, sans aucun pathos ; notre empathie est émoussée.

Du rire aux larmes, on est envahi par son partage d’humanité à fleur de peau. Il s’engage physiquement dans son combat, rythmé par sa poésie, sous forme tant de slam que de prose, d’autofiction ; il est multiple et touche au cœur.

Il rend hommage à ses parents qui lui ont donné la chance de lui ouvrir sa voie vers la vie.

Ses confidences, sa soif de rencontre des autres, son regard incisif sur la société formatée, son humour ciselé confirment la singularité extraordinaire de Pierre Divertito.

En quittant la salle, la sensation de ce « petit truc en plus », d’être accompagnés, transformés, sur notre chemin de vie. Un bijou.

À ne pas rater avant la fin du festival. On lui souhaite une longue tournée…

Claire Coursange