Entête

COLD CUTS

 

Avignon Off 2026

Théâtre le 11, Lycée Mistral
11 boulevard Raspail,
Avignon
https://www.11avignon.com/

Du 4 au 25 juillet 2026

à 10h45

loupe 

 

Il y a Molly. Son mari, Ian. Leur fils. Une famille réduite à l’essentiel, de condition modeste. Une famille qu’un poison toxique a envahie peu à peu, insidieusement, au fil des jours, des mois, des années, depuis la naissance du petit. Plus d’une dizaine d’années de lente progression de l’emprise du mari sur sa femme.

La pièce commence au moment où les rouages de cette manipulation sont parfaitement huilés. Ian rentre du travail, se rend dans la cuisine, ouvre le frigo… et se met soudain en rage. Une rage froide, glacée. Alors commence l’interrogatoire de Molly, fait de mots simples, accusateurs : « C’est toi qui as fait ça ? » De quoi parle-t-il ? Qu’a fait Molly pour mériter cette accusation ? On ne l’apprendra que bien plus tard : ce n’est qu’un prétexte. Mais c’est le début d’une série de questions sans réponses, de paroles humiliantes, d’insinuations perverses que Molly encaisse comme si elle était depuis longtemps enfermée dans la culpabilisation et la peur. Une série de questions qui enfle, enfle, enfle… jusqu’à la violence.

Dans un dispositif scénique à trois côtés, le public se retrouve presque au contact d’Amandine du Rivau et de Régis Lux, qui incarnent le couple. Cette proximité permet de ressentir physiquement les tensions qui sous-tendent chaque mot échangé. Le jeu réaliste amplifie les attaques, les silences, la peur que Ian fait peser sur Molly grâce à sa stature imposante. Tout semble dangereux chez cet homme habité par une perversion malsaine.

Linda McLean s’est inspirée de sa propre vie pour écrire ce texte, créé à l’occasion d’une manifestation d’Amnesty International contre les violences faites aux femmes. Elle a puisé dans ses souvenirs, ses sensations, ses craintes d’enfant traversée par des accès de violence familiale inattendus et extrêmes. Dans Cold Cut, le fils est lui aussi victime collatérale de la domination violente que son père exerce sur sa mère. Le regard de cet enfant renforce encore la révélation de cette emprise.

C’est d’ailleurs ce regard qui deviendra le moteur de la fuite de Molly — il n’y a pas d’autre mot : fuir, en secret, le foyer. Cette partie a été ajoutée par Blandine Pélissier et Sarah Vermande au texte original. Elle permet d’ouvrir la pièce sur une fin plus positive et d’évoquer les aides possibles pour une femme prise dans ce type d’engrenage : associations, accompagnement psychologique, dispositifs d’urgence.

Présenté dans des lycées, avec un travail préparatoire mené en amont dans les classes, Cold Cut tente d’ouvrir le caveau scellé de l’omerta, du secret, du dissimulé qui accompagne toujours ces violences. Des violences psychologiques qui dérivent presque toujours vers des violences physiques et sexuelles, ainsi qu’une mainmise totale sur la liberté de la victime : retrait de la pièce d’identité, confiscation des moyens de paiement, isolement… autant de moyens destinés à lui ôter toute échappatoire. Car il s’agit bien d’un enfermement dans un système coercitif.

Voilà une pièce sans concession, une dissection précise de l’emprise, de sa naissance à sa fin, magnifiquement interprétée, toute en émotion contenue, par Amandine du Rivau dont on partage le regard et les peurs viscérales, et par Régis Lux, impressionnant de force réaliste et capable de se métamorphoser avec une grande habileté dans les autres personnages de la pièce.

Bruno Fougniès

 

Cold Cuts (Tranche Froide)

de Linda McLean
Texte français Blandine Pélissier & Sarah Vermande / Le Pôticha éditions

Avec Amandine du Rivau et Régis Lux

Scénographie - Alix Mercier
Lumières - Julie Malka
Photos: Éric Damiano
Graphiste: (JÖ) jo-o.fr