LA BARBE-BLEUE |
MC 93, (Salle Christian Bourgois) Jean-Michel Rabeux, quand il n'écrit pas lui-même des pièces, monte des auteurs comme Shakespeare ou Copi. Ou Perrault. La preuve cette « Barbe-Bleue » qu'il présente, comme il dit joliment, pour « les adultes à partir de huit ans ». Décor ingénieux, avec des marches, des portes au nombre de sept (évidemment) et des ballons noirs qui jonchent le sol. La première apparition de Barbe-Bleue est assez terrifiante. Parmi les plus jeunes spectateurs, on frissonnait ferme. Et puis on s'habitue aux effets (d'amplification de la voix, surtout). On peut alors admirer le côté « théâtral» assumé et suivre le déroulement de l'histoire. Bien sûr, nous autres adultes la connaissons. Il en est de même sans doute, pour beaucoup d'enfants, mais il reste le plaisir du conte, ce conte effrayant où le sang (celui des six femmes de Barbe-Bleue) a coulé, et menace de couler encore. La « plus jeune », nouvelle femme de Barbe-Bleue a osé, si vous vous en souvenez, utiliser la petite clé d'or pour ouvrir la porte interdite : son geste est découvert et elle doit mourir. On saluera au passage l'innovation concernant le rôle de la mère protectrice et toute-puissante, puisqu'elle peut même devenir invisible pour être près de sa fille. Elle ne peut hélas rien empêcher concernant la menace qui pèse sur celle-ci. Enfin, sans tout divulguer, disons que cela finit bien et pas vraiment comme on s'y attendait. Jean-Michel Rabeaux a fort bien concocté son affaire. Il a glissé quelques anachronismes réjouissants et dirigé brillamment ses comédiens. Le résultat comblera tout autant les petits que les grands. Dans cette pièce courte, un peu plus d'une heure, on suit les péripéties avec un intérêt croissant. Bref, on marche. Ceci grâce au talent de Franco Senica, effrayant à souhait dans le rôle titre, et qui se métamorphose ensuite dans un raccourci du plus bel effet. Corinne Cicolari joue« la plus jeune », l'épouse innocente, de façon touchante et juste. En voisine-mère, Kate France multiplie adresses au public et facéties, sans cesser d'être pleinement dans le jeu. « Et la sur Anne ? me direz-vous, celle qui ne voyait rien venir ? » Elle est là sans y être. Vous comprendrez en allant voir ce fort et beau spectacle pour tous.
Gérard Noël
La barbe bleue D'après Charles Perrault Avec : Corinne Cicolari, Kate France et Franco Senica. Décors, costumes et maquillage : Pierre-André Weitz.
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