CLUB 27

Théâtre de la Manufacture à 20h15


Photo © Marion Deseigne

Faut-il brûler franchement ou s'éteindre à petit feu?

Un spectacle hors des sentiers battus à voir absolument!!!

Jim Morrison, Jimi Hendrix, Kurt Cobain, Janis Joplin, Brian Jones …

Le Club 27 l'un des cercles les plus mythiques du monde.

« Très vite, nous nous sommes tous retrouvés autour de cette problématique qui traverse chacun d'entre nous : doit-on préférer une vie intense et mourir à 27 ans, à une vie plus calme mais longue ? » Guillaume Barbot.

Présenté à La Manufacture, lieu de rencontres original et engagé autour de l'écriture contemporaine en Avignon, Club 27 de La Compagnie Coup de Poker – Guillaume Barbot, née en 2005, est un spectacle d'un genre inclassable, une sorte de « Confession électrique » qui a donc toute sa place en ce lieu.

Les spectacles de la compagnie « sont tous créés à partir de matériaux non théâtraux (romans, témoignages, poésie...) et ont comme point commun d'allier théâtre et musique dans un univers visuel très marqué » G.B.

Dès l'entrée dans la salle, nous sommes envoutés, saisis par l'ambiance et embaumés par un air que les connaisseurs reconnaîtront, d'autres pas, cela n'a pas d'importance, interprété par l'excellent musicien Pierre Marie Braye-Weppe, assis dans un coin du plateau avec sa guitare.

Le public présent ce soir-là est représentatif de toutes générations et milieu social. Composé de rockers, BCBG, étudiants, il vient assister à une messe, celle du club 27.

Épiés par un acteur resté dans une pénombre simplement éclairée par des projecteurs tournés vers les gradins, nous nous installons dans ce confessionnal : le palais des papes du rock 'n' roll.

L'enfer ou le paradis ? Nous ne savons pas trop encore, le saura-t-on en sortant ?

« Qu'est-ce que tu fais ici ? Qu'est-ce que tu veux ? De la musique ? On peut faire de la musique. Mais tu veux plus. Tu veux quelque chose et quelqu'un de nouveau. J'ai raison ? Bien sûr. Je sais ce que tu veux. Tu veux l'extase. Le désir et le rêve. » Jim Morrison.

La musique s'arrête. Le maître de cérémonie, celui qui nous épiait, souvenez-vous, se présente : « un diable contemporain ». Il sera notre guide dans les travers de cette fiction, la bande des 6, des hommes et femmes comme vous et moi, Zoon Besse, Céline Champinot, Elise Marie, Geoffroy Rondeau, Pierre Marie Braye-Weppe, Séverine Astel.

Je n'utilise pas, volontairement, les termes comédiens et/ou musiciens, ce qu'ils sont pourtant sans aucun doute, issus de diverses formations dramatiques à forte influence Actor studio à mon sens. L'incarnation qu'ils font de leurs héros, leurs morts (Jim Morrison, Jimi Hendrix, Kurt Cobain, Janis Joplin, Brian Jones) est saisissante de réalisme, on est bluffé.

Cette bande d'humains donc, formant une famille et ayant tous un rapport personnel avec cette légende « des anonymes, des vivants du club 27», rejoignent le centre de la scène et nous toisent. Se croyant tous possédés, ils vont jouer devant nous ce rituel.

« Ils ont tous un concert dans la tête qu'ils vont incarner ou simplement évoquer, accompagnés par la guitare et le violon du musicien. »

Ils vont individuellement et/ou collectivement, toutes générations confondues, sans pudeur ni retenue, s'animer et s'interroger intimement, s'emparer du plateau, en évoquant la jeunesse, l'adolescence éternelle, revendiquant leur liberté artistique.

Le club 27 ? C'est : « Hendrix face à son père, une fan écoutant la voix de Janis, une mère en quête d'incarnation face aux mots de Kurt Cobain, Brian Jones sur un plongeoir, un rocker ressuscité qui a passé les 50 ans, une jeune femme qui refuse de fêter son 27ème anniversaire, un inconnu mort très jeune et qui a marqué la vie de tous ceux qu'il a croisés. »

Ils aborderont « les thèmes récurrents de ce Club 27 : le lien avec les parents, l'in-compatibilité sociale, le rapport au désir, la starification, les corps adulés puis détruits, la solitude, l'éternité, la mort. »

Ils se consumeront sous nos yeux tel un « Icare contemporain, personne ayant choisi de vivre une existence courte, fulgurante. Ayant possiblement signé un pacte faustien ». Ou peut-être renaitront- ils de leurs cendres tel un phénix.

Si vous n'avez pas encore 27 ans, peut être vous poserez-vous cette question : Suis-je légitime de demander ma carte de membre donnée par le passeur du Styx aux étoiles incandescentes du rock disparues à 27 ans en pleine gloire. Est-ce que je la mérite ?

Suis-je Rock ? C'est quoi être Rock?

Dans une scène ahurissante, une des actrices Séverine Astel, (Kurt Cobain) nous balance à la gueule les clichés illustrant la question, utilisant de nombreux accessoires, perruque, santiags ..., détruisant une table avec une scie, finissant le sexe à l'air, transformant le plateau en véritable capharnaüm. Ça c'est Rock non ?? Yes, là je suis rock !!!, certains pourront être choqués, sentir leur mythe souillé...

Bon si on a plus de 27 ans, alors on est sauvé ?

Pas certain.

Guillaume Bardot s'interroge : « Face à ces fantômes, face à ces vies brûlées, que décidez-vous ? Quel choix de vie ferez-vous ? Quel Icare êtes-vous prêt à devenir ? Qui est le Jim Morrison d'aujourd'hui ? Amy Winehouse ? Qui sont nos héros ? Qui adorer ? Et pour quelles révolutions ? ».

Guillaume Bardot constate qu'aujourd'hui cette remise en question traverse beaucoup d'artistes.

Il constate également que la réponse passe souvent par l'autodestruction, la rage, la colère.

Il veut tenter d'y répondre grâce aux outils du théâtre et de la musique, « par plus de vie, de tendresse, de sensualité androgyne, de fêlure, de désir, de silence ».

Avec un père critique de rock, Guillaume Bardot est né dans cette musique, d'où son désir vital de monter ce spectacle émanant de cette puissance inégalable qui touche les chanteurs / stars de rock, de ce feu sacré.

Il est resté fasciné par ce rapport au public qu'installe un concert de rock: « Le public y est acteur, fou, démoniaque, vivant, hurlant. »

Pourquoi le théâtre peine-t-il à retrouver cette évidence ?

Son fil rouge sera de « Déshabituer les spectateurs de leur tranquillité intellectuelle ».

Ce spectacle soulève parfaitement le problème de notre société, toutes générations confondues qui n'a plus de repères, plus d'idoles, de motivations, de croyances, qui semble aseptisée, nous sommes en vie oui mais est-ce par choix ou habitude? Nous sommes stériles.

C'est aussi un cri d'espoir nous appelant à recouvrer notre courage et toute l'audace nécessaire pour tenter d'atteindre l'inaccessible étoile du bonheur sans capituler et retrouver la force de vivre.

À cet égard, la scène du gâteau d'anniversaire est bouleversante, un véritable coup de poing.

À la fin du spectacle, le maitre de cérémonie et toute la bande déclareront le Club 27 fermé.

Club 27 un spectacle en prise avec son temps qui ne nous ménage pas et ne vous laissera pas indifférent, vous adorerez ou détesterez, personnellement j'adhère.

« Avant 28 ans, on peut être un poète, un visionnaire, ça reste acceptable ; c'est après 28 ans que l'on peut vérifier le sérieux des refus initiaux et le poids de notre grâce face à la pesanteur de la société. »Pacome Thiellement, Rolk and Folk.

 

Mon second coup de cœur de ce festival 2012.

 

Didier Clusel

 

 

Club 27

Conception écriture et mise en scène de Guillaume Bardot
Textes collectifs Compagnie Coup de poker

Avec : Zoon Besse – Brian Jones, Céline Champinot – Jim Morrison, Elise Marie – Janis Joplin, Geoffroy Rondeau – Jimi Hendrix, Pierre Marie Braye-Weppe – Robert Johnson, Séverine Astel – Kurt Cobain

Scénographe : Cécilia Delestre
Lumière : Mathieu Courtaillier
Images : Mathieu Courtaillieret Cécilia Delestre
Image documentaire : Marion Desseigne Ravel
Univers sonore : Pierre Marie Braye-Weppe
Régie : Angélique Bourcet
Graphiste : Morgane Legall
Conseil artistique et humain : Philippe Puigserver
Production: Coup de Poker