THE SUIT

Théâtre des Bouffes du Nord
37 bis Bd de la Chapelle
75010 PARIS
01 46 07 34 50
Jusqu'au 5 mai, du mardi au samedi à 21 h, matinée samedi à 15 h 30

 
Photo Pascal Victor - Artcomart

Retrouvons le beau théâtre des Bouffes du Nord pour une pièce inspirée d'une nouvelle de l'écrivain sud-africain Can Themba. Auteur des années 50, il ne réussit pas vraiment à percer. Pour cause d'apartheid. Il finit dans l'alcool et la misère. Cette pièce, adaptée et mise en scène par Peter Brook a déjà tourné, en français durant plusieurs années. On la reprend et en anglais, sa langue d'origine. Heureuse idée, on en conviendra, tant le travail de Brook est porté ici à son plus haut point.  Tout enchante. Le jeu agile des comédiens, la sobriété du décor (une constante) et ce plaisir pur de raconter une histoire au plus près de ce qu'a imaginé l'auteur.

L'histoire, donc : un homme, Philémon,  est fort amoureux de sa femme Mathilda, dite Tilly. Il la quitte chaque matin pour aller au travail, jusque là, rien que de très normal. Mais il apprend, incidemment, qu'elle le trompe, chaque matin, avec un jeune homme. De retour chez lui, il met en fuite la jeune homme qui disparaît en caleçon, laissant sur place, soigneusement plié, son costume. L'homme impose alors à son épouse la présence de ce costume : il sera avec eux à table, où il faudra le traiter comme un invité, sera suspendu et visible en permanence, comme un remords constant.

La pièce est en anglais sur titré. Mais cela ne pose pas de problème. On suit, même quand  le texte est dense, même quand la traduction nous précise le contenu des chansons. Car il y a des chansons et de la musique. Chansons originales ou reprises, elles sont bien servies par un trio de musiciens. Trio, également, mais d'acteurs : on pense, face à l'ambiance années 50, au « Carmen Jones » (de Preminger) ou bien à « Orfeo Negro » qui gagna, en son temps, une palme à Cannes. Il s'agit, là aussi, d'amour et de relations entre un homme et une femme. Du couple éternel, Philémon et Baucis, le héros a le prénom de l'homme : ce n'est sûrement pas un hasard. Il y a de la fatalité dans cette relation qui se délite, dans la monstruosité du châtiment imposé à la femme, dans le retournement qui fait que la femme s'émancipe, se met à avoir une vie sociale, se réalise, jusqu'à ce qu'au détour d'une réception, le fatal costume ne revienne la hanter. Ces relations tendues ne sont pas traitées de façon intellectuelle ou démonstrative. On parle tranquillement, on plaisante avec les amis, on entre, on sort, on revient du travail, on esquisse un pas de danse. Un comédien va même chercher deux spectatrices pour étoffer une réception.

Il va sans dire, mais disons-le quand même, que ces trois comédiens sont inspirés. Parfois truculents, toujours justes, ils nous font sentir, sobrement, ce qui se joue : des passions refoulées, de la sensualité, un fond d'inégalité sociale liée à la couleur de la peau (encore que cet aspect ne soit pas très développé) un drame humain qui atteint à l'universel.  Vous avez jusqu'au 5 mai pour le vérifier.

 

Gérard Noël

 

 

THE SUIT

d'après Can Themba, Mothobi Mutloatse et Barney Simon

Avec Nonhlantha Kheswa, Jared Mc Neill, William Nadylam.
Musiciens : Arthur astier, Raphaël Chambouvet et David Dupuis.